Hier soir avait lieu le conseil de la Fédération du Parti Socialiste de Seine-Saint-Denis. Les cadres départementaux du PS tentaient de faire un premier bilan de la défaite de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy. Voici ce que j'y ai dit...


Depuis dimanche soir à 20h00, je suis traversé comme vous tous, sans doute, de sentiments contradictoires.

 

Le militant qui est en moi, le citoyen engagé, le combattant politique, enrage de la situation créée par cette si lourde défaite. Nicolas Sarkozy est président de la République.

 

Si vous ne l’avez pas fait depuis dimanche à 20h00, essayez l’exercice : dites à voix haute et en séparant les syllabes, la phrase « Ni-co-las Sar-ko-zy est Pré-si-dent de la Ré-pu-bli-que Fran-çai-se », et vous réaliserez que nous n’avions pas le droit de perdre cette élection. Que nous ne pouvions pas la perdre.

 

F--d--ration-PS-93.jpgAlors oui, dimanche soir il y avait bien des raisons pour faire entendre sa colère… Mais nous sommes aussi des responsables politiques. Et il fallait savoir se contenir pour ne pas ajouter à l’abattement ressenti par le peuple que nous représentons le triste spectacle d’une empoignade au sommet de notre parti.

 

Il fallait donc se contenir. Nous l’avons fait de notre mieux.

 

Pour autant, l’indispensable retenue que nos dirigeants doivent observer dans les commentaires publics ne doit pas nous interdire, au sein de nos instances, d’analyser les événements entre militants lucides et responsables.

 

La première des tâches des militants socialistes – et plus largement des militants de gauche – pour aborder la période qui s’ouvre aujourd’hui est de reconnaître la défaite.

 
 

A ce titre, les images à la télévision de la foule rassemblée acclamant la candidate au balcon dans la rue de Solférino quelques minutes après l’annonce des résultats pourrait laisser à penser que ce n’est pas une défaite. Mais enfin oui ou non s’agissait-il pour nous de gagner l’élection présidentielle ? Ou l’objectif était-il ailleurs ?

 

Les Français ont voté. Massivement. Comme jamais ils n’ont voté. Et nous avons été battus. Lorsque Laurent Fabius disait dimanche soir que le drapeau de la gauche est à terre, il ne s’agissait de rien d’autre que de décrire la vérité du moment. Qu’il nous faut admettre si nous voulons nous relever, et relever la gauche.

 

Si nous ne parvenons pas à admettre la défaite pour nous-mêmes, nous devons le faire pour ces millions de nos concitoyens – français et étrangers – qui eux vont subir pendant 5 années quelque chose d’un peu plus grave qu’un bleu à l’âme ou une modification de plan de carrière.

 

Après l’avoir admise, nous devrons comprendre la défaite.

 
 

Je le disais à cette place au lendemain du 1er tour, la victoire de la droite n’est pas due au hasard mais au travail intense et profond de mise à jour de la droite française engagé depuis de longues années par Nicolas Sarkozy et son entourage. C’est une idéologie qui a gagné dimanche soir.

 
 
 

Une idéologie qui a pour but – à la différence de la droite « conservatrice » d’hier – de reconnaître la crise de la société et d’en rendre responsables individuellement les plus pauvres, les plus exclus. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy est parvenu à attirer à lui des millions d’électeurs de la petite bourgeoisie en réussissant à les convaincre qu’ils ont les mêmes intérêts que la grande bourgeoisie. Même dans notre département où la gauche reste majoritaire, il est frappant de constater comment Sarkozy a mordu sur l’électorat de certains quartiers populaires, notamment les quartiers populaires et pavillonnaires.

 

Penchez-vous comme je l'ai fait sur l’analyse des bureaux de vote de vos communes et vous constaterez le phénomène de ce vote à droite de cette petite bourgeoisie populaire, utilisant le bulletin de vote pour manifester son adhésion au camp qui le protègera le mieux de la cité voisine où tant de profiteurs du système, gavés d’allocations et de RMI imméritées s’entassent et « se lèvent tard », n’achète pas leur ticket de métro et menaçent leur petit patrimoine.

 

Autre signe de ce travail de sape idéologique fondé sur la détestation des pauvres rendus coupables de leur propre condition, le vote des bobos, jusque là culturellement plutôt de gauche, mais qui ont cette fois-ci voté massivement pour le « moderne » François Bayrou.

 

On sait que la droite a pu compter sur les immenses moyens médiatiques mis à la disposition de Sarkozy pendant toute la campagne, tout comme ont été mis à sa disposition les salons du Fouquet’s dimanche soir, puis un jet privé et un yatch de 60 mètres au large de l’île de Malte.

 

C’est une machine de guerre qui nous a battus dimanche soir. Ou plutôt qui s’est apprêtée à nous battre depuis des années. Nicolas Sarkozy a su construire un parti, doté d’une doctrine pleinement assumée, d’une direction centralisée, d’un réseau d’amitié très vaste.

 

Après avoir admis la défaite, après l’avoir comprise, la gauche va devoir se reconstruire et se réinventer.

 
 

J’entends déjà de vieux discours ressurgir dans notre parti comme au lendemain de chaque défaite et qui se taisent après chaque victoire. Les vieux discours de la modernisation de la social-démocratie. Ces camarades en manque d’imagination feignent d’ignorer l’impasse de la social démocratie dont il cherchent à faire modèle en France, en s’appuyant sur les exemples britannique ou allemand. Ce discours au Parti Socialiste qui fut peut-être nouveau dans les années 70 quand Rocard le proposa face à Mitterrand, est en vérité autant suranné que celui qui, au parti Communiste, voudrait ramener au temps d’avant la chute du mur de Berlin !

 

Voilà selon moi les l’horizon tel qu’il s’ouvre devant nous, si nous voulons être à la hauteur des attentes d’un peuple et dignes d’une gauche républicaine et sociale qui s’est dissipée dans les brouillages idéologiques que nous imposés nos ennemis.

Alors j'entends ici que notre intérêt se porte déjà sur les élections législatives qui viennent dans 5 semaines à peine. Il est vrai que cette nouvelle bataille électorale sera décisive puisqu'elle peut permettre à Nicolas Sarkozy d'avoir tous les pouvoirs entre ses mains pour appliquer sa politique, elle peut aussi nous permettre d'offrir à notre peuple une protection face aux attaques auxquelles il faut s'attendre. La question électorale est donc importante.

Cependant, il s'agit aussi pour les socialistes et pour toute la gauche de se pencher sur la définition de son identité politique. Ce que je viens de dire sur le travail idéologique engagé par Nicolas Sarkozy depuis au moins dix ans montre que la conscience politique, la conscience républicaine - au sens révolutionnaire de 1789 ou 1848 - bref, la conscience de classe a profondément reculé dans notre pays, et qu'il va falloir relancer au nom de la gauche un vaste chantier d'éducation populaire que nous avons laissé en friche depuis trop longtemps.

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