Ça y est. Nicolas Sarkozy  est Président de la République depuis hier matin. Et il s’est déjà envolé mercredi soir vers l’Allemagne d’Angela Merckel pour parler de l’avenir de l’Union Européenne. Le message est clair : la première des priorités politiques de Nicolas Sarkozy est de corriger le vote des français lors du référendum du 29 mai 2005 contre le Traité Constitutionnel Européen. Le NON des Français exprimé par référendum doit se muter d’ici deux ans en OUI du président de la République Française, validé par voie parlementaire.


Je trouve là un argument central à développer par la gauche dans les trois semaines qui restent pour gagner les législatives et empêcher ce coup de force qui en annonce bien d’autres sur le droit de grève, les services publics, le code du travail… Hélas, je sais qu’à gauche, et singulièrement à la tête de mon parti, la priorité est ailleurs. J’y reviendrai dans une prochaine note.

 Pour l’heure, je veux parler des images regardées hier soir à la télé, rendant compte du départ de Jacques Chirac de l’Elysée, cédant le matin sa place à Nicolas Sarkozy, et quittant vraisemblablement la scène de la politique institutionnelle. Contrairement aux torrents de louanges qu’ont déversé à gros bouillon les commentateurs dociles et flagorneurs de la principale chaîne du service public (même quand le maître s’en va, on ne mord pas la main qui a nourri), je n’ai ressenti aucune sympathie pour cet homme qui s’efface du pouvoir avant que j’aie pu contribuer à l’en expulser.

 Lorsque je me suis engagé dans l’action politique, il y a déjà plus de vingt ans – plus de la moitié de ma vie – je l’ai fait avant tout pour trouver un débouché à ma révolte. J’avais 18 ans, j’étais lycéen à Montpellier. C’était la grande grève étudiante de novembre et décembre 1986 contre la réforme des universités du gouvernement Chirac menée par son Ministre délégué Alain Devaquet.

 En voyant partir Chirac, comme dirait Perec, je me souviens de mes premières Assemblées Générales enfumées où plus de 1500 étudiants se pressaient pour prendre en main leur avenir. Je me souviens de l’ordinateur préhistorique de la fac de Montpellier sur lequel j’ai écrit mon premier tract, vers 3 heures du matin, seul garçon entouré de quelques jolies filles, mandaté par une AG tardive pour rédiger l’appel à la manifestation du lendemain. Je me souviens que c’est la première fois que j’ai entendu distinctement le mot « troskyste » en réalisant que je n’avait jamais compris de quoi parlait Renaud lorsqu’il disait de son voisin du « HLM » qu’il n’aimait pas qu’on « l’appelle le communiste, même qu’ça lui plaît pas bien, il dit qu’il est trop d’kyste ». Je me souviens de l’annonce à la radio de la mort de Malik Oussekine en buvant mon café le matin d’un dimanche de décembre.

 Mon engagement politique a commencé comme ça. Par la compréhension violente de l’antagonisme entre la droite et la gauche. Par une révolte primitive contre la droite et contre tout ce qu’a fait Jacques Chirac. Alors non, aucun regret en voyant partir ce personnage sinon celui de l’avoir laissé 12 années à la tête de l’Etat pour abîmer le modèle républicain et social qu’a patiemment construit notre peuple en plus de deux siècles.

 J’ai eu la chance de vivre la victoire de la gauche à la présidentielle de 1988. La dernière que la gauche ait connue... Cette victoire de Mitterrand contre Chirac m’a permis d’enraciner en moi la certitude que la révolte primitive et individuelle que j’avais ressentie pouvait se transformer une détermination froide de tout un peuple vers la victoire politique.

 Je plains ces jeunes de 18 ans qui ont manifesté avec tant d’ardeur l’an dernier contre le CPE et dont le mouvement s’est aujourd’hui disloqué sur l’incapacité d’une gauche à offrir une issue à leur révolte. Quels enseignements vont-ils tirer de cela ? Douze années de Chiraquisme auxquelles vont s’ajouter cinq années de Sarkozysme… Dix sept ans sous l’autorité d’un président de droite. Leur vie toute entière.

 Je me souviens que la rentrée suivant les mouvements de novembre et décembre 1986, j’adhérais à un parti politique… Voilà peut-être ce qu’il leur reste à faire de mieux.

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