« Suffit-il d’avoir raison pour convaincre ? »

 

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 Lundi matin, 327.590 jeunes candidats au baccalauréat se levaient tôt pour plancher sur l’épreuve de philosophie… Cela fait 20 ans que j’ai passé mon bac, mais je me suis réveillé lundi matin pour me confronter à un problème de philosophie politique dont le sujet aurait pu être « Suffit-il d’avoir raison pour convaincre ? ».

 
 

  Quelques heures auparavant (la nuit a été courte) j’avais déjà répondu concrètement à la première partie de la question en posant l’acte de ma déclaration publique appelant – en tant que responsable socialiste et en tant que socialiste responsable – au désistement de la candidature socialiste arrivée en deuxième position de la gauche dans ma circonscription, conformément à un principe de fonctionnement de la gauche rappelé avec force dimanche soir par François Hollande et Marie-George Buffet.

 

   

Je peux dire aujourd’hui que j’ai eu objectivement raison de le faire. Puisque depuis mardi 13 juin à 18h00, le délai légal pour le dépôt d’une candidature à la préfecture de la Seine-Saint-Denis est dépassé, aucune autre candidature issue de la gauche que celle de Jean-Pierre Brard n’a été déclarée : la droite ne pourra rien arbitrer, elle est définitivement battue à Montreuil.

   

Il s’agissait néanmoins, lundi matin, de me donner avec d’autres les moyens de convaincre la subjectivité de mes camarades et concitoyens de la raison de ce choix. Le nombre et la ferveur des réactions qu’on m’a manifestées depuis 48 heures (sur ce blog, lors des discussions et réunions politiques auxquelles j’ai participé) m’amènent à penser que le travail de conviction ne fait que commencer.

   

 

Convaincre par la Raison

 

   

La violence des paroles et des actes dont j’ai été la cible depuis lundi de la part de quelques individus isolés membres de mon parti, notamment lors de la réunion de section de lundi soir, mais aussi le trouble profond que m’ont confié d’authentiques militants de gauche face à la situation montreuilloise (dont un certain nombre de vieux complices, rompus aux aléas de la vie politique) m’obligeront à engager sur cette question du « désistement républicain » un travail de fond qui ne se règlera sans doute pas par une bonne formule ou un argument d’autorité.

 

   

Le mal est plus profond que je croyais, et je prendrai le temps nécessaire, dans les semaines et les mois qui vienne, pour contribuer autant que je le pourrai à expliquer ce principe fondamental. Car c’en est un. Au même titre pour la gauche que la question du modèle de société, celle de la ligne politique, celle du programme de gouvernement, celle des stratégies d’alliance… J’y reviendrai donc.

 

 

 
Convaincre par l’exemple

 

   

Pour l’heure, j’invite les lecteurs de ce blog à observer et mettre en relation certains événements politiques qui ont fait le bonheur de la presse locale et nationale. J’espère qu’ils y trouveront comme moi la démonstration que ce que j’ai déclaré publiquement lundi matin était non seulement juste et raisonnable, mais absolument nécessaire pour rendre impossible une véritable félonie.

 

   

Dès dimanche soir, juste après la proclamation des résultats à la mairie de Montreuil, la plupart des camarades socialistes et moi-même avons ressentie une réelle inquiétude en observant l’attitude de Mouna Viprey et Manuel Martinez visiblement incapables d’accepter sereinement l’évidence. Ils avaient déjà connu cette situation en 2002, et leur immaturité politique qui les avait conduits cette fois-là à la décision de se maintenir au deuxième tour avait coûté très cher aux socialistes.

 

   

Ainsi, dans les médias locaux et nationaux, Mouna Viprey et Manuel Martinez ont engagé une campagne de communication dont les éléments clés sont :

 

   

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L’encart de la Une des pages 93 du Parisien du lundi 11 juin, sous le titre « Le dilemme de Mouna », où, rappelant l’aventure de 2002, elle déclare dimanche qu’elle se retrouve dans « une situation cauchemardesque ». Inquiétant, mais passe encore… Tout le monde s’attendait à une décision responsable dans la matinée de lundi, en admettant malgré tout la difficulté et une certaine déception…

 

   

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L’article du Parisien (93) du mardi 12 juin, imprimé deux jours après le vote n’est déjà plus acceptable. Sous le titre en pleine page « A Montreuil, Mouna Viprey fait durer le suspense », Manuel Martinez explique qu’il a « le choix entre deux mauvaises décisions », prétend qu’il sera « difficile à justifier aux militants » le désistement. Toutefois, l’article émet l’hypothèse d’une position mi-chèvre, mi-choux : pas de désistement, mais un retrait abstentionniste. En légende de leur photo, il est confirmé qu’ils hésitent à suivre les directives du parti.

 

 

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L’article du Parisien (National) du mercredi 13 juin, publié trois jours après le vote, fait apparaître l’irresponsabilité de Mouna Viprey et Manuel Martinez. Ils se soumettent à un retrait « contraint et forcé »,  suite à l’intervention de toute la direction du PS :  le Parisien révèle que Bartolone, Strauss-Kahn, Mélenchon ont du intervenir personnellement. Mais il révèle aussi le mépris des candidats battus qui déclarent qu’il s’agit d’un « véritable hold-up sur [leur] victoire », condamnant « les menaces et les pression [qui] ont été fortes, les sous-entendus et les coups de fil [qui] ont fonctionné », et mettant en cause Claude Bartolone pour l’intervention qu’il a faite pour les rappeler à l’ordre. On apprend aussi que Mouna Viprey et Manuel Martinez, suite à cette expérience, veulent « dépoussiérer » le parti socialiste, en précisant qu’ils n’ont « pas adhéré pour recommencer les mêmes âneries du PS… », et annonçant enfin leur revanche lors des prochaines municipales.

 

   

L’article du site de LCI du mercredi 13 juin va encore plus loin. On y découvre d’abord que Mouna Viprey et Manuel Martinez avaient bien préparé la réunion de section de lundi soir, en invitant une journaliste de LCI pour assister au lynchage qu’ont tenté contre moi (sans beaucoup m’impressionner…) une poignée d’excités chauffés à blanc par l’introduction aux débats (j’avais choisi de ne pas parler ce soir là, croyant encore à la raison et ne souhaitant pas cristalliser les frustrations, en laissant à d’autres camarades le soin d’argumenter…). On y voit la confirmation d’une ligne politique fondamentalement opposé à celle du PS.

  
On réalise aussi le caractère singulier de Mouna Viprey sur la vidéo diffusée ce même jour sur la chaîne d’information. Glaçant… Elle ne renonce pas au deuxième tour par conviction, sens des responsabilités, ou discipline… non, elle n’y renonce que parce qu’elle est sûre de perdre !

 

 

 
Analyse des événements montreuillois

 

   

Dimanche soir, les socialistes venaient pourtant d’obtenir le plus large score jamais réalisé à Montreuil par une candidature issue de leurs rangs, avec 7028 voix, soit une progression de près de 1500 voix. Et en dépit de la vague UMP qui s’abattait sur le pays, les socialistes venaient de contribuer avec le reste de la gauche à l’exploit d’éliminer la droite du 1er tour.

 

   

Je m’attendais à ce que Mouna Viprey et Manuel Martinez fassent enfin preuve d’autorité et de responsabilité en acceptant avec panache le verdict des urnes, tout en soulignant à l’attention de Jean-Pierre Brard, mais surtout à l’attention des électeurs montreuillois l’incontestable progression de la candidature socialiste.

 

   

Je m’attendais à ce qu’ils expliquent que cette progression avait été rendue possible par une campagne ancrée à gauche, fondée sur des bases républicaines, sociales et laïques, respectueuse de l’identité politique et sociale de Montreuil, inscrite dans une démarche de rassemblement de la gauche face à la droite. Tous les documents écrits de campagne produits par Mouna Viprey sur la base d’un travail collectif d’élaboration de la ligne, de la stratégie et de la propagande ont été conformes à cet esprit. Tous les montreuillois auprès desquels j’ai personnellement fait campagne pendant ces mois de débats politiques (la présidentielle et la législative) me l’ont dit, en me signifiant leur soulagement de retrouver l’unité de la gauche – mise à mal en 2002 –, et d’entrevoir le début d’une nouvelle ère pour la vie démocratique de la gauche montreuilloise fondée sur une saine émulation (plutôt que le dénigrement systématique) pour préserver l’extraordinaire patrimoine social, démocratique et culturel de cette ville.

 

   

Je m’attendais à ce que Mouna Viprey et Manuel Martinez prennent à Montreuil la direction politique de la bataille contre le gouvernement Sarkozy, affirmant la centralité du Parti Socialiste dans l’opposition parlementaire au torrent de réformes libérales qui va s’abattre sur nos concitoyens.

 

   

Ils ont fait tout le contraire. Certes, je dois à mes lecteurs l’honnêteté de dire que l’acceptation par Mouna Viprey de cette stratégie de relève patiente et constructive de la gauche républicaine, laïque et sociale, affichée pendant toute la campagne, ne s’est pas faite sans heurts entre nous.

 

   

Pourquoi une telle irresponsabilité ?

 

   

Il ne faut pas oublier que sa candidature a été imposée en juillet 2006 par l’appareil du PS au nom de la « discrimination positive » et que le débat démocratique qui aurait normalement dû précéder l’investiture aurait permis de définir collectivement une ligne claire dès le début de la campagne… et aurait – au demeurant – abouti sans doute à une autre candidate. Mais – aussi condamnable reste cette procédure – ainsi en avait décidé la direction de notre parti, et comme mes amis et moi n’avons décidé ni de quitter cette organisation sur ce motif, ni de déserter le combat contre la droite durant la période électorale de la présidentielle et des législatives, nous avons tâché, tant pour la candidate à la présidentielle que pour la candidate à la législative de peser sur la ligne politique développée par l’une et l’autre. C’est le rôle des militants responsables que nous essayons d’être, en menant tous nos combats aussi loin que possible. Je ne reviendrai pas sur les difficultés rencontrées pendant la campagne présidentielle. Mais nous pensions avoir mieux réussi pour la législative à Montreuil… jusqu’à dimanche soir.

 

 

 

Car depuis dimanche, Mouna Viprey et Manuel Martinez ont tourné le dos à toutes les valeurs qu’ils ont portées pendant la campagne. En détruisant subitement tout ce que nous avions construit ensemble pendant des mois, mettant ridiculement en scène leurs frustrations irresponsables et leur colère puérile, comme des enfant trop gâtés à qui on confisque un jouet.

 

   

De leur immaturité, je n’ai désormais plus aucun doute : et ce sont des récidivistes ! Mais au-delà de la forme tragi-comique que toute cette affaire prend (et dont les médias se régalent sans même que la principale actrice de cette mauvaise farce ne s’en aperçoive), je vois aussi apparaître une logique politique inacceptable qu’il ont – selon toutes vraisemblances – habilement dissimulée pendant la campagne, mais qui se révèle aujourd’hui.

 

   

Cette logique, c’est la dépolitisation de l’opposition droite / gauche, avec Sarkozy en chef d’orchestre, et un certain nombre d’acteurs de cette manipulation à gauche, plus ou moins conscients de ce qu’ils font. Cette logique, on la retrouve depuis quelques semaines niveau national avec la réduction des questions politiques à la mise en scène des aventures personnelles plus ou moins heureuses, avec la transformation de militants éduqués et raisonnables en foule adoratrice et fanatique. On la constate aussi avec l’empressement d’une gauche « réformatrice » à enterrer les « archaïsmes », et en premier lieu le Parti Communiste, pour mieux permettre à certains dirigeants du PS de promouvoir un nouveau système d’alliances au centre.

 

   

Avec Mouna Viprey et Manuel Martinez au niveau local, il s’agit d’une démarche qui procède au fond des mêmes intentions : réduire les oppositions politiques aux seules rivalités personnelles « tout contre Jean-Pierre Brard » ; faire au plus vite le deuil de la Gauche « poussiéreuse » ; préférer l’intérêt personnel d’une élection locale à l’intérêt général d’une bataille nationale ; en appeler à l’aggiornamento du Parti Socialiste le libérant des vieux systèmes d’alliance hérités du Programme Commun ; ne renoncer à l’arbitrage local de la droite dans le 2ème tour que dans la mesure où cette droite est insuffisamment forte pour l’emporter contre le candidat de toute la gauche. Cela n’est pas une tactique empirique dictée par les circonstances. Il s’agit d’une ligne politique.

 

   

Pour l’instant, le Parti Socialiste résiste encore à cette ligne : l’idée d’alliance au centre est repoussée par le Bureau National ; ici, Mouna Viprey et Manuel Martinez sont fermement appelés à ne pas déposer leur candidature pour le deuxième tour par Hollande, Bartolone, Strauss-Kahn et Mélenchon ; les désistements sont finalement respectés partout sans aucune exception.

 

 

 
 

Une ligne suicidaire

 

   

Mouna Viprey et Manuel Martinez ont obéi, mais n’ont pas abandonné leur ligne. Il est sidérant de lire mercredi matin dans le journal le mépris absolu pour la direction d’un appareil sans lequel ils ne seraient rien. Les voilà donc qui expliquent qu’ils n’ont retiré leur candidature pour la seule raison qu’ils risquaient de perdre, qui dénoncent les « âneries du Parti Socialiste », qui promettent de le « dépoussiérer » en annonçant une revanche aux prochaines municipales (dans cette logique, contre qui la revanche ? le PS poussiéreux ? la Gauche archaïque ?).

 

   

Curieux… je croyais pourtant qu’ils faisaient partie de ceux qui savent observer la règle selon laquelle « on ne mord pas la main qui nourrit ». Ce que ne comprennent pas Mouna Viprey et Manuel Martinez, c’est qu’ils viennent en trois jours de colère excentrique, de perdre toutes leurs chances de retrouver un jour la confiance de leur parti, mais aussi celle des électeurs montreuillois dont on sait le niveau de conscience politique et qui se souviendront longtemps que ces deux là, en pleine bataille contre la droite, ont mis en péril l’élection de dizaines de candidats de gauche, notamment socialistes, et signe d’un sens politique consternant, ont appelé le peuple de gauche à s’abstenir dimanche 17 juin.

 

   

Après toutes les fautes commises il y a 5 ans, ils récidivent donc par une double forfaiture contre le civisme et contre la conscience de gauche qui ne leur sera pas pardonnée.

 

 


 

Lundi matin, ouvrant mes vieux cahiers du lycée pour réfléchir au problème philosophique que je m’étais posé pendant la nuit, je tombais sur cette citation de Napoléon Bonaparte : « Lorsqu’on s’est trompé, il faut persévérer, cela donne raison ». Voilà ce que semblent faire depuis cinq longues années ce duo irresponsable qui par deux fois s'est heurté à la résistance d’une raison politique ancrée dans le fonctionnement de la Gauche républicaine de ce pays. Cette raison est soumise aujourd’hui aux coups de boutoir des « rénovateurs modernes » qui plaisent tant aux médias dominants. La saga montreuilloise de ces aventuriers immatures a fait vendre bien du papier ! Gageons qu’il s’agissait là du dernier épisode.

 

 

 
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