Un certain nombre de mes camarades me font régulièrement le reproche bienveillant de passer mon temps à mener les batailles politiques en prenant le risque de sacrifier l’intérêt général contenu dans le mandat municipal confié par les électeurs. Ils ont raison sur un point : je consacre tout mon temps disponible à mener une bataille politique sur le terrain des idées que je juge décisive. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’en consacre autant à servir deux jours entiers par semaine mon mandat municipal (sans compter les soirées ni les manifestations et les cérémonies du week-end), que les trois jours qui restent dans la semaine ouvrable son consacrés à mon activité professionnelle, et que je glisse ma vie privée dans les interstices qui restent.

 

Je ne m’en plains jamais. Car c’est une réalité parfaitement ordinaire de la quasi totalité des élus et responsables politiques un tant soit peu engagés dans la vie réelle. Le statut des élus de la République étant pensé dans notre société bourgeoise pour permettre la sélection des élites politiques sur des critères sociaux, éliminant – par épuisement souvent – les salariés (en particulier ceux du privé, car en tant que fonctionnaire de l’Education Nationale bénéficiant de commodités qui ne dureront sans doute pas, je fais figure de nanti parmi les élus  salariés !), et conduisant à une composition totalement disproportionnée du personnel politique de la République, essentiellement peuplé de notables issus des professions libérales et de rentiers.

 

Toujours est-il que, par ma faute, et parce que je ne suis pas parvenu à mieux donner à voir ce que je fais, mes amis finissent par croire que – dans le meilleur des cas – je détourne mon mandat pour livrer exclusivement des batailles d’appareil ou – dans le pire des cas – je me la coule douce en trahissant l’intérêt général !

 

Si j’ajoute à cela, les difficultés générées par les rapports quelque peu « crispés » au sein de mon parti et au sein de la gauche municipale à Montreuil, et qui annihilent la visibilité de l’action des élus qui serait bien meilleure s’ils travaillaient dans une équipe très collective et très fraternelle… alors je réalise facilement pourquoi mes amis ne voient pas bien ce que je fais de mes journées dans mon bureau à la mairie.

 

En attendant des jours meilleurs, je vais tâcher d’utiliser ce blog pour corriger un peu cette anomalie et rassurer mes camarades (et peut-être certains de mes concitoyens qui se posent sans doute les mêmes questions). Je mettrai désormais en ligne des brèves, très courtes, mais aussi régulières que possible, sur mon activité municipale. Voici la première.



 

tremplinemploi-affiche.jpgAdjoint au maire chargé de la délégation Emploi et Insertion, cela fait 4 mois que je travaille avec mes services sur deux initiatives qui auront lieu à la fin du mois de juin.

 

Je tiens au passage à souligner le bonheur que j’ai à travailler avec ces gens formidables des services municipaux qui agissent sous ma responsabilité (pas seulement dans ce secteur de l’emploi et de l’insertion d’ailleurs), imprégnés du sens de l’intérêt général, et traduisant intégralement les orientations politiques de la municipalité (et de leur élu !) en actions concrètes et techniquement impeccables du point de vue de l’organisation. Un vrai bonheur !

 

Ainsi, les 19 et 27 juin prochains, à La Noue et à La Boissière, seront organisés deux Tremplin pour l’emploi (voir le détail sur le site de la Ville de Montreuil)

 

Le contexte national du marché du travail est marqué par la politique de la droite menant à toujours plus de précarité, se livrant à des manipulations incroyables des chiffres réels du chômage, et se fondant surtout sur une idéologie de culpabilisation des chômeurs rendus individuellement responsables de leur situation, soupçonnés de profiter des « largesses » du RMI (450€ : quelle ripaille pour ces goinfres !), et invités à préférer le miroir aux alouettes du « travailler plus pour gagner plus » à l’action collective pour défendre le droit au travail réglementé et l’augmentation des salaires.

 

Dans ce contexte général, les collectivité locales sont de surcroît contraintes à de plus en plus assumer politiquement cette orientation gouvernementale, et matériellement le poids financier que les dispositifs d’accès à l’emploi représentent, par un désengagement de l’Etat. L’organisation de forums de l’emploi dans ces conditions comportait donc une part de risque pour une ville de gauche comme Montreuil.

 

Le principal de ces risques étant de faire croire aux quelque 6576 chômeurs « officiels » de la commune (selon les statistiques contestées de mars…) qu’il leur suffirait de se précipiter sur une foire à l’emploi le CV à la main, et que les meilleurs seraient pris… tant pis pour les mauvais. J’ai eu l’occasion d’observer une telle initiative il n’y a pas si longtemps. Je n’ai pas été associé à la préparation de cette affaire, mais j’ai vu de près comment les employeurs en ont profité pour recruter « le haut du panier » des centaines de candidatures qui se sont bousculées au portillon, laissant sur le carreau la majorité des candidats sans réel suivi une fois que la caravane était passée. Je sais l’amertume que cette expérience a laissée dans le quartier concerné. Il n’était pas question pour moi de reproduire ce type d’opération.

 

C’est lors de mon expérience de conseiller technique auprès de Jean-Luc Mélenchon au Ministère de l’enseignement professionnel (de 2000 à 2002), que j’ai acquis certaines convictions en matière de méthode de travail pour promouvoir la formation, la qualification et l’accès à un emploi. Ainsi, à l’initiative de la Municipalité, en partenariat avec le Conseil Général, auront lieu les tremplins pour l’emploi dont le principe est tout sauf l’installation, le temps d’une journée, de simples bureaux de recrutement pour telle ou telle entreprise. Il s’agit au contraire d’un rendez-vous donné aux demandeurs d’emploi pour la mise en place d’une réelle relation, tournée - selon les besoins - vers la connaissance des métiers, la formation, la qualification, la sensibilisation aux techniques de recherche d’emploi, et au bout du compte, vers un emploi durable et correctement rémunéré.

 

Il y aura bien sûr des entreprises offrant des emplois immédiatement disponibles, dans cinq secteurs d’activité que nous avons tenu à identifier, pour rendre plus lisible le bassin d’emploi et de formation existant sur le territoire :

 

  • la petite enfance, animation et aide à la personne
  • le bâtiment et les travaux publics
  • le transport et la logistique
  • la grande distribution
  • l’environnement

 

Ce sont des dizaines d’entreprises publiques et privées sur ces secteurs d’activité que nous avons contactées et qui ont accepté d’être présentes, pour recruter parfois, mais aussi pour préparer l’avenir, présenter la filière, s’inscrire dans un réseau, notamment avec le club d’entreprise tourné vers l’insertion FACE.

 

Encadrant les stands des entreprises, c’est tout le dispositif de l’emploi et de l’insertion qui va se déployer lors de ces journées : l’ANPE, la Mission Locale pour les Jeunes, le Projet de Ville RMI, le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi… et des dizaines d’associations relais implantés dans les quartiers.

 

Déjà, ce sont des centaines de personnes qui ont été contactées par ces professionnels de l’insertion pour inviter les demandeurs d’emplois qu’ils suivent à participer à ces journées. Et au lendemain de ces deux rendez vous, tous les participants qui se seront présentés seront pris en charge (s’ils le souhaitent, bien sûr) par une conseiller pour élaborer un parcours vers la formation, la qualification et l’emploi durable.

 

Des dizaines d’heures de travail avec mes services (c'est surtout eux, d’ailleurs, qui ont passé leur journée là dessus) pour élaborer et préparer ces deux rendez-vous. Des centaines d’acteurs coordonnées avant, pendant et après… j’ignore franchement si cela aura un impact sur la réalité du chômage endémique et de la précarité qui risquent d'empirer dans la France de Sarkozy. Mais j’ai l’assurance que nous aurons les moyens d’en mesurer les effets. Si le bilan est positif, alors il faudra le proposer comme un modèle contradictoire à ce que fait le gouvernement de droite… à généraliser à l’échelle du pays dès que nous en aurons la possibilité.

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