Je viens de lire les commentaires postés à la fin des différents articles que j'ai publiés ces derniers jours.

 

Fichtre ! Ca cogne dur !!!

 

Un certain nombre de mes amis m'ont alerté ces derniers jours en me disant que les esprits s’échauffaient et m'ont conseillé avec bienveillance d’éviter d’inciter les dérapages en utilisant des formules trop arides, pouvant être interpréter comme des provocations par des gens pas si éloignés que cela des positions politiques que nous tâchons de défendre.

 

J'avoue que je ne les ai pas suffisamment écoutés, trop irrité, sans doute, par les incroyables événements qui se produisent au niveau local, mais surtout au niveau national depuis quelques jours.

 

Des événements comme les annonces grotesques et impudiques de la rupture Royal / Hollande sur les plateaux de télévision humiliant les camarades qui bataillaient contre la droite.
Des événements comme les nouvelles félonies des « socialistes » Jean-Marie Bockel et Fadéla Amara, rejoignant les traîtres de la première heure Bernard Kouchner et Eric Besson.
Des événements comme
les déclarations de Ségolène Royal disant que la généralisation des 35 heures ou le SMIC à 1500 € étaient des mauvaises idées inscrites de force dans son programme sous la contrainte de Fabius et de ses amis… Comparées à cela, nos petites querelles montreuilloises apparaissent bien secondaires…

 

Je ne les ai pas écoutés et j’ai eu tort. Car je viens de lire – donc – les commentaires avec quelques jours de décalages, et je réalise que j’ai inutilement blessé certains militants qui me semblent honnêtes. Je ne parle pas des courageux anonymes (peut-être qu’il s’agit, d’ailleurs, d’une seule et même personne sous plusieurs identités…) qui m’ensevelissent depuis des années sous leurs invectives sectaires. Je parle de ceux qui semblent sincèrement vouloir discuter, et qui se sont sentis maltraités par mes formules abruptes.

 

Alors je précise mon propos.

 

Une différence entre les responsables politiques et le passant dans la rue

 

Je fais une différence entre les actes faits par des élus (ou ceux qui aspirent à être élus), et les citoyens plus ou moins engagés, tout comme je fais une différence entre le militant organisé et le passant dans la rue (voir une précédente note).

 

Pas une différence de qualité, car je ne vois pas de hiérarchie dans une République où la souveraineté populaire fait de chaque citoyen l’égal d’un autre dans sa capacité à concevoir l’intérêt général et à agir pour le servir.

 

C’est une différence de responsabilité que je fais.  Précisément parce que les élus sont tenus d’agir en tant que garant de l’intérêt général et d’une cohérence politique définie par trois éléments :

 

  • le mandat sur lequel ils sont élus, bien sûr ;
  • l’orientation politique qu’ils affirment publiquement et au nom de laquelle ils ont été élus ;
  • le respect des règles de fonctionnement des groupes politiques dont ils se réclament.

 

Il y a bien sûr un équilibre à trouver entre ces trois éléments, car il existe parfois certaines tensions, mais ce qui fait la crédibilité du débat politique, c’est la capacité des responsables à assurer cette cohérence.

 

Au niveau national, les renégats de la gauche entrés dans le gouvernement Fillon 2 offrent l’exemple navrant de la triple déloyauté :

 

  • sur le mandat, les électeurs de gauche de Mulhouse découvrent que leur maire socialiste sert désormais la politique atlantiste de Sarkozy ;
  • sur l’orientation, les militants de Ni Putes Ni Soumises  apprennent le ralliement de leur présidente (par ailleurs élue municipale PS) au Kärsher de Sarkozy et à la bible de Boutin ;
  • sur le respect des règles, les militants socialistes apprécient l’interprétation des « motions » adoptées par leur parti que ces quatre énergumènes ont toutes votées avec enthousiasme.

 

Piétinant l’éthique de l’engagement politique, ces prétendus « responsables » (et ceux qui les débauchent…) plongent des millions de nos concitoyens dans le désarroi, offrant à vil prix une caution inespérée  à ce gouvernement de droite qui s’apprête à saccager le modèle social et républicain de notre pays.

 

Lorsque c’est à ce niveau là de responsabilité que la confusion politique s’exprime à plein régime, c’est beaucoup plus grave que lorsque le passant dans la rue ne trouve plus son chemin…

 

Par exemple, je connais pas mal de gens de gauche qui ont voté Bayrou en avril, y compris parmi les militants socialistes. Mais, enfin, lorsque un simple citoyen profondément de gauche, ou même un militant de telle ou telle organisation, fait un acte en totale contradiction avec ce qu’il a dit précédemment et avec ce que dit et fait la famille politique dont il se réclame, même s’il l’assume et s’en vante publiquement, cela reste un acte individuel qui ne met pas en péril la cohérence du débat public. On peut discuter. Convaincre. Corriger…

 

Il en va tout autrement lorsqu’il s’agit de responsables politiques du niveau d’un conseiller général ou d’une candidate à la législative (je dis cela au hasard…). Lorsqu’ils parlent publiquement à la presse, c’est tout le parti qu’ils représentent qui parle. Lorsqu’ils commettent une erreur, c’est tout le parti qui la paie.

 

Tout doux… tout doux… La gauche est déjà si fragile

 

Voilà pourquoi je suis si sévère contre ceux qui, au nom des intérêts particuliers, ont mis en péril non seulement la crédibilité de leur organisation politique, mais aussi l’équilibre de toute la gauche dans une élection décisive.

 

Mais mes amis, et un certain nombre de commentateurs de ce blog, ont raison de me rappeler à l’ordre sur une de mes caractérisations par trop abrupte : celle qui laisse entendre que tout électeur montreuillois qui a introduit dimanche 17 juin un « bulletin blanc ou nul » serait un électeur de droite. J’ai bien conscience que cela n’est pas juste.

 

Je continue de croire qu’ils ont eu tort de ne pas voter Jean-Pierre Brard au 2ème tour.  Mais je souhaite poursuivre avec ces électeurs et militants de gauche la discussion pour les convaincre.

 

Ils pensent qu’il ne fallait pas donner une caution ou un chèque en blanc à Jean-Pierre Brard ?  Je peux comprendre cette intention. En réalité, je la partage, car selon moi, il  va falloir mener une sérieuse explication politique à gauche dans notre ville dans les semaines et les mois qui viennent, y compris avec ce personnage dont la responsabilité dans le désordre qui règne au sein de la gauche (ici comme ailleurs… du reste) est à la mesure du rôle institutionnel central qu’il joue à Montreuil.

 

Le signal envoyé au 1er tour par les électeurs de gauche montreuillois est d’ailleurs extrêmement clair. Je revendique clairement une part de responsabilité dans la progression très significative du vote socialiste, réalisée sur la base d’un discours et de propositions que j’ai largement contribué à définir (tout comme Fabius a su peser sur la ligne de Royal…) et auquel j’ai largement contribué à donner une crédibilité politique par mon activité municipale. Et cela est un point d’appui sur lequel les socialistes de mon espèce ne manqueront pas de s’appuyer dans les prochaines étapes du débat démocratique de cette ville.

 

Mais dimanche dernier, ce n’était pas cela qui se jouait. Il faut franchir une étape après l’autre. Dimanche dernier, à Montreuil comme partout, il s’agissait de battre la droite. Dans les conditions particulières de notre circonscription, il s’agissait de faire un effort encore plus important, en s’élevant au dessus du cadre strictement local (où la droite avait été battue dès le 1er tour) pour servir l’intérêt général de la gauche et participer à la grande bataille nationale. 11.912 électeurs de gauche ont fait cet effort.

 

Voilà ce que je voulais dire aux lecteurs de mon texte publié lundi qui se seraient sentis offensés par ma formule qui visait avant tout les « responsables » politiques incapables de s’élever au dessus de leurs petits intérêts locaux. Concernant ces gens-là, je ne retire rien de ce que j’ai dit.

 

Pour reprendre les mots d’un de ces commentateurs, il s’agit bien de rester « critique et lucide [pour] envisager Montreuil avec un maire de toutes les gauches » puisque c’est effectivement la prochaine étape… Cette démarche est effectivement « une bonne perspective de réflexion ».

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