Le gouvernement a annoncé le 2 octobre dernier, par la voix de Madame Lagarde, Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Emploi, le « gel » du dispositif des « maisons de l’emploi » lancé à grand renfort de communication par le Ministre Borloo dans le cadre du plan dit « de cohésion sociale » en 2005.

 

Cette décision suscite l’émotion auprès des acteurs territoriaux de l’emploi et de l’insertion qui s’interrogent sur l’incohérence du gouvernement qui, après avoir incité l’an dernier à la création de structures, décide aujourd’hui de les « geler » sans aucune concertation préalable et sans qu’aucune évaluation n’ait été faite des quelques 227 maisons de l’emploi labellisée depuis deux ans.

 

Pour moi, cette décision gouvernementale n’est pas réellement une surprise.

 

Dans le cadre de ma délégation à l’insertion et à l’emploi dans la municipalité de Montreuil, et par ailleurs en tant que président du PLIE et de la Mission Locale couvrant les villes de Montreuil, Noisy le Sec, Bagnolet et Romainville, j’ai participé activement à la concertation engagée par la Préfecture de Seine-Saint-Denis au printemps 2005 pour envisager la mise en application de la loi dite « de cohésion sociale » avec l’ouverture d’une maison de l’emploi sur notre territoire.

 

Les pressions étaient fortes pour nous imposer cette Maison de l’Emploi, et j’avais eu l’occasion de m’interroger d’emblée sur cet empressement et sur le volontarisme quelque peu forcé du gouvernement en terme d’affichage (on se souvient de la promesse que 300 maisons de l'emploi seraient créées dans le premier trimestre 2005).

 

Sur le fond, j’avais exprimé les plus grandes réserves sur un tel dispositif, en soulignant notamment plusieurs incohérences :

  • La création des Maisons de l'emploi posait d’abord le problème du désengagement financier de l'Etat, en transférant les charges sur les collectivités locales,
  • Ce dispositif affirmait la déresponsabilisation politique de l’Etat, en diluant à l’échelon local une politique qui relève avant tout de la responsabilité gouvernementale.
  • La plus grande confusion régnait au sujet de la place dévolue au Service Public de l'Emploi. Les craintes ne se sont pas démenties depuis, avec le projet de fusion ASSEDIC-ANPE.
  • La mise en place des Maisons de l’Emploi pouvaient aussi déstabiliser l’équilibre fragile du réseau d’acteurs de l’emploi et de l’insertion. En ce qui concerne Montreuil, il s’agissait du  PLIE, de la Mission Intercommunale pour l’Emploi des Jeunes, du projet de ville RMI, de la régie de quartier, et de l’ensembles des partenaires investis dans ce secteur.
  • Enfin, sur la partie budgétaire, les autorisations de programmes financiers étaient envisagées en 2005 sur 4 ans, au delà, c’était le plus grand flou . Les choses sont claires aujourd’hui : le programme est « gelé » après seulement 2 ans.

Dans ces conditions, sur ma proposition, la Ville de Montreuil a fait le choix de ne pas installer une Maison de l’Emploi sur son territoire. Les événements actuels nous donne rétrospectivement raison. Je note avec regret que beaucoup de villes de gauche n’ont pas eu cette vigilance, se sont précipitées sur le label « Maison de l’emploi », et se retrouvent aujourd’hui en difficulté face à l’irresponsabilité du gouvernement de droite.

 

Pour autant, il faut se rappeler que le concept « Maison de l’Emploi » n’a pas été imaginé par Borloo, mais s’est développé au cours des années 1990 dans un certain nombre de villes comme Lille. Ce que j’ai combattu en 2005, c’est une sorte de perversion de ce concept, car au fond, il est évident que dans le « mille-feuilles » des dispositifs de l’emploi et de l’insertion qui se sont empilés les uns sur les autres depuis le milieu des années 1980, il est très utile de mettre en place une structure transversale servant à conforter les dispositifs qui existent déjà, à harmoniser les actions et à mettre en place des outils et/ou des actions innovants. A condition, bien sûr, que cela ne signifie pas un désengagement de l’Etat dans la charge financière que cela représente et dans la responsabilité politique gouvernementale.

 

Aujourd’hui,  je ne cache pas mon inquiétude quant à l’avenir des politiques d’emploi dans ma ville et dans le pays. La profonde mutation opérée ces dernières années dans le service public de l’emploi (réformes de l’ANPE, fusion ASSEDIC - ANPE…) et les politiques menées (RSA) démontre la conception très libérale qui s’impose avec Sarkozy, fondée sur le désengagement de l’Etat, la réductions des droits des salariés et des demandeurs d’emplois, la culpabilisation des chômeurs.

 

 

Retour à l'accueil