Montreuil fait partie des rares Communes Françaises qui célèbrent les baptèmes républicains. Héritée de la grande Révolution et de la Commune de Paris, cette tradition Républicaine est malheureusement négligée, voire volontairement oubliée, dans l'immense majorité des 36.000 communes.

Chaque année, lorsque je suis "de permanence", ou lorsqu'on me le demande, j'ai l'honneur de célébrer, en tant qu'officier de l'Etat Civil, un certain nombre de baptêmes. Samedi dernier, ce sont deux petits montreuillois, frère et soeur, qui se trouvaient face à moi, accompagnés de leurs parents et amis. Peut-être plus que d'habitude, ce moment a été intense, sans doute parce que cette famille voulait donner beaucoup de sens à ce baptême, et attendait de moi que je j'exprime publiquement, au nom de l'institution républicaine que je représente, les valeurs qu'ils voulaient transmettre à leurs enfants. Je ne les connaissaient pas, comme c'est souvent le cas dans une grande ville de 100.000 habitant comme Montreuil. C'est toujours plus facile de dire ces mots là lorsque l'on connaît a priori les attentes des personnes dans la salle... Mais je crois que ce que j'ai dit correspondait à leurs attentes, si j'en juge à la satisfaction qu'ils ont eu la gentillesse de me manifester. Ils m'ont fait aussi l'amitié de m'autoriser à publier le petit discours prononcé ce jour là à l'attention de leurs leurs enfants. Le voici. Les prénoms des enfants ont été changés, bien entendu.

 

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Discours prononcé par le citoyen Nicolas VOISIN, officier de l'État civil, en la maison communale de Montreuil-Sous-Bois, le 14 vendémiaire de l’an 216 de la République pour la cérémonie du parrainage des enfants Tara et Noé...

 

Citoyens, Citoyennes,

Dans quelques instants, en ce jour du 14 vendémiaire de l’an 216 de la République, nous allons procéder au baptême civique  de la jeune citoyenne Tara née le 30 pluviôse de l’an 212 (19 février 2004), et du jeune citoyen Noé né le 6 frimaire 214 (26 novembre 2005).

Pour nous tous réunis ici, en la Maison commune, c'est un jour de fête et vous avez choisi le baptême Républicain pour célébrer l’événement.  Vous le savez bien,  cela n’est pas dénué de sens. Je suis sûr que ce choix a été mûrement réfléchi, et que c’est en conscience que vous êtes venus ici.

Cependant, permettez moi tout de même de dire quelques mots pour souligner la signification de l’acte que nous nous apprêtons à faire pour ces enfants.

Selon la conception que s’en font la plupart des gens, le baptême est traditionnellement destiné à accueillir un enfant dans le vaste monde. Mais en vérité, il s’agit de faire entrer l’enfant dans une Communauté. Et cela peut singulièrement restreindre le vaste monde, une communauté !

C’est Arthur Rimbaud, dans Une saison en enfer, qui écrivait ces mots terribles : « Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre », se faisant le porte parole, au travers des siècles, des générations de révoltés contre la pression sociale et familiale qui leur a imposé une religion qu'ils n'auraient peut-être pas choisie.

Pour nous, aujourd’hui, il s’agit bien de faire entrer Tara et Noé dans une communauté : la Communauté légale de la République, au nom des valeurs universelles de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, au nom des Droits de l’Homme, et dans le cadre d’une vision laïque de l’Humanité.

Notre République Française, dans sa Constitution et dans ses pratiques, contient bien sûr ces valeurs que je viens d’énumérer. Elles vont donc de soi pour tous nos concitoyens, avec ou sans baptême civil du reste… puisqu’elles sont inscrites dans la Loi. Mais en ces temps incertains, où les principes de séparation des Eglises et de l’Etat sont de plus en plus contestés je ne vous cacherai pas que nous nous réjouissons de voir des familles partager d’une manière consciente et explicite ces valeurs que nous défendons, ici dans cette commune.

J’oserai dire qu’il s’agit d’une sorte de profession de foi (!), même si ce baptême civil (tout comme l’autre d’ailleurs) n’a pas de valeur juridique.

Historiquement, sachez que c’est vers 1790 que se développe chez les révolutionnaires l’idée d’imposer une sorte de religion nouvelle, en tentant de la substituer à la religion catholique. "La Loi, est la religion de l'État" pouvait-on lire en 1791et c'est lors de la fête de la Fédération de Strasbourg (le 13 juin 1790) qu'a eu lieu le premier "baptême civique". Deux nouveau-nés l'un catholique, l'autre protestant, furent baptisés sur l'autel de la patrie. Tout un symbole.

Ces baptêmes ont proliféré entre 1792 et 1794, au moment où, avec Robespierre notamment, les révolutionnaires ont cherché à formaliser une sorte de culte de la Raison. C’est à ce moment là que le Calendrier Républicain, que nous utilisons aujourd’hui, a aussi été établi. L’An 1 de la République Universelle, Une et Indivisible, est la première année d’une ère qui voulait se substituer surtout au calendrier chrétien (qui dit que nous sommes aujourd'hui en l’an 2007 après la naissance de Jésus Christ), mais aussi au calendrier juif (nous sommes aujourd’hui dans l’an 5768 de la création selon la bible) ou à l’hégire musulman  (nous sommes dans l’an 1428 après le départ de Mahomet de la Mecque…).  Même si le calendrier Républicain ne s’est pas imposé, on voit bien par cet exemple que l’esprit de la République est toujours de rassembler les hommes dans une vision rationnelle du monde, au nom de l’intérêt général et des valeurs universelles… laissant le droit à chacun dans sa vie personnelle de croire ou de ne pas croire. Il en va de même pour le Baptême républicain.

Juridiquement, sachez que la notion de baptême républicain remonte au décret du 20 prairial, an II (8 juin 1794) qui a décidé que les municipalités seraient les seules institutions habilitées à établir les actes de l'état civil, qui auparavant étaient tenus par les paroisses. Mais le baptême civique n’est resté qu’à l’état de notion floue, car les actes de l’Etat civil, c’est essentiellement la naissance, le mariage, le décès. Le baptême républicain n'est donc formellement prévu (ni même cité) par aucun texte législatif. Les maires ne sont donc pas tenus de le célébrer et d’ailleurs, sur les 36.000 communes que compte notre République, rares sont celles qui offrent la possibilité d’organiser dignement cette cérémonie.

Ainsi, tout comme pour vous, il s’agit pour la Commune de Montreuil d’un acte volontaire et fortement chargé de sens.

Avant de conclure, je souligne l'engagement des parrains et marraines de suppléer aux parents en cas de défaillance ou de disparition n'a qu'une valeur morale.

Voilà pour ces petits rappels à propos d’une tradition qui s’est maintenue jusqu’à nous au travers des siècles. Je le répète, le baptême civique est aujourd’hui le fait de familles et de municipalités qui souhaitent marquer leur attachement profond à la laïcité de l'État. C'est avec une grande fierté que nous procédons ensemble aujourd’hui à cette cérémonie et c’est avec joie que je souhaite à Tara et à Noé, ainsi qu’à leur famille et amis réunis, une vie de liberté, de paix et de solidarité. Parents, voilà le message que vous transmettez à vos enfants. Tara et Noé, vous voilà reconnus dans la communauté légale de la République, en bons citoyens, vous oeuvrerez chaque jour dans le sens des valeurs qui la fondent, que cela puisse être un exemple pour toute la société.

A Tara et Noé, aux parents et amis toutes mes félicitations et tous mes vœux de bonheur. Vive Montreuil, Vive la France et Vive la République.

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