Ainsi, par 36 voix contre 20,  une majorité des membres du bureau national du Parti Socialiste a décidé de soutenir le Traité pour l'Europe de Nicolas Sarkozy. Au delà de la consternation que cette décision provoque parmi les militants et électeurs de gauche, il faut bien réaliser comment ce vote révèle en réalité une situation complètement "ouverte" et plutôt favorable à ceux qui sont attachés au respect du "Non" ou au respect de la démocratie.

La mise en scène était pourtant classique et le mécanisme bien huilé : depuis quelques semaines, l'opération médiatique des partisans du "Oui de Gauche" avait avancé pas à pas selon un scénario désormais connu.

D'abord, on brouille les pistes, en dissimulant que dans le calendrier défini par le Président de droite, il y aura deux votes distincts, l'un sur la forme autorisant Sarkozy à contourner le référendum, précédant l'autre sur le fond du nouveau traité (voir ma précédente note).

Ensuite on inverse le problème en expliquant que "l'Europe est en panne", non pas du fait du caractère inadmissible de la méthode de la construction de l'Europe et du contenu même du Traité Constitutionnel élaboré en 2005 et rejeté par les Français, mais en jugeant que ce vote du 29 mai 2005 est la cause du problème et non une conséquence.

Enfin on fait graduellement monter en première ligne ceux qui - comme Jean-Marc Ayrault - approuvent "par principe" le texte de Sarkozy sans même l'avoir lu (au moment où il dit "oui", le texte définitif n'est même pas rédigé !) ; en deuxième ceux qui approuvent aussi le texte en se résignant à ne finalement pas perdre de temps à organiser un référendum (pourtant promis, mais c'est un détail) ; et en troisième les "ex-nonistes" fraîchement convertis au "oui réaliste et navré". A la manoeuvre dans cette opération, le premier secrétaire lui-même, qui hésite et tergiverse, avance qu'une abstention serait peut-être un bon compromis, interdit qu'on en discute au Conseil National pour finalement déclarer en conférence de presse à la sortie de ce CN qu'à titre personnel il est plutôt pour ! Il ne restait plus qu'à ajouter un peu de cynisme à tout cela pour donner l'impression d'une grande détermination à la tête du PS : c'est Pierre Moscovici qui s'en charge ce week-end sur tous les plateaux TV pour balayer les derniers doutes sur le respect du vote des français en 2005, et c'est Elizabeth Guigou qui enfonce le clou en expliquant que Nicolas Sarkozy a été élu en 2007 par le peuple pour faire ce qu'il fait, il faut donc se plier à son autorité !

Et hop ! Tout cela devait nous amener à une quasi unanimité du BN, relèguant à une infime minorité ces mauvais coucheurs qui entretiennent les "vieilles rancunes du débat Oui-Non" désormais dépassé.

Sauf que tout ne s'est pas exactement passé comme prévu mardi soir ! Ce sont 20 membres du BN qui ont fait front ensemble. Médiatiquement, la sortie du BN a été une catastrophe pour les tenant du "Oui-Oui" (oui au nouveau traité, oui à la voie parlementaire) : le secrétaire national à l'Europe démissionne, les voix se multiplient pour dénoncer la dissociation du vote de ce BN avec celui sur l'exigence d'un référendum.

En vérité, l'optimisme est de notre côté, car la bataille du référendum peut encore être gagnée. Et le doute est chez les autres, car ils ont compris mardi soir que ce débat sur l'exigence d'un nouveau référendum sera public, porté par beaucoup de monde, et qu'il se poursuivra jusqu'à la veille des élections municipales.

C'est Mélenchon, dans son Blog, qui a participé à cette réunion du BN du PS et qui explique le mieux la situation : "Cette bataille pour le réferendum peut être gagnée. Car parmi les partisans du oui, à gauche comme à droite, de nombreux parlementaires n’accepteront pas de refuser au peuple un référendum qui lui est du. C’est donc nom par nom, parlementaire par parlementaire, à présent que se joue la bataille. Tous ceux qui voteront contre la réforme de la Constitution française pour l’adapter au nouveau traité, voteront en fait pour obliger à la convocation d’un référendum pour ratifier le nouveau traité. Je renvoie à ma note publié sur mon blog à ce sujet pour expliquer ce point de droit. Cette bataille, il faut la mener tous azimuts, à droite et à gauche, non sur le thème pour ou contre le traité mais pour ou contre le droit du peuple à décider par lui-même directement. A la veille des élections municipales, il faut tenir compte de la façon dont vont voter les députés et sénateurs maires. Les élus locaux, les premiers de listes, tous devraient être quasiment moralement obligés de se prononcer car il ne fait aucun doute qu’ils seront interpellés, à juste titre par ceux dont ils sollicitent les suffrages. En particulier tous ceux qui vont promettre une démocratie participative locale seraient bien en peine d’expliquer pour quoi ils la refuseraient au niveau national !"

Voilà une bonne feuille de route pour l'action politique dans les prochaines semaines...


 

Pétition "Socialistes pour un référendum sur le nouveau traité européen".

 

Logo-PS.jpg"Nous étions tous d’accord entre socialistes pour dire dans notre projet puis dans la campagne présidentielle que tout nouveau texte européen devrait être soumis à référendum. Cet engagement a même fait consensus à gauche au-delà de nos propres rangs puisqu’il a été repris par l’ensemble des autres candidats de gauche. Cet engagement pour le référendum a aussi contribué pour beaucoup à ce que de nombreux électeurs du Non puissent voter pour la candidate socialiste dès le 1er tour. Aujourd'hui, il faut tenir parole. Nous appelons donc le PS à se battre par tous les moyens pour exiger un référendum pour ratifier le nouveau traité européen."

 

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