Mission d’observation du referendum constitutionnel au Venezuela

Dimanche 2 decembre 2007

 

Journal de bord de Nicolas Voisin

Maire adjoint socialiste a Montreuil (93)

Président de PRS-93

 

 

Note n°1 – Jour J-2

Vendredi 30 novembre – 10h00

Aéroport de Porto, en transit...

 

Lorsque Raquel Garrido, responsable du secteur international de PRS, m’a contacté la semaine dernière pour participer à la mission d’observation des opérations de vote du referendum constitutionnel au Venezuela, il ne m’a pas fallu longtemps pour répondre que j’étais volontaire. Politiquement, l’intérêt de cette mission n’était pas discutable. Mais il me fallait régler avant de donner mon accord pour partir quelques questions importantes : obtenir l’autorisation d’absence de mon employeur, préparer autant que possible les conseils de classe du 1er trimestre de mes élèves, me débarrasser d’un méchant virus, et garantir mon investiture au sein de la section socialiste de Montreuil mon investiture à la prochaine élection cantonale (ce qui a été fait mercredi soir au terme d’une bataille difficile où quelques uns des fondements de l’identité et de l’unité de la gauche ont été préservés avec beaucoup d’intelligence par mes camarades montreuillois).

 

C’est donc vendredi 30 novembre à l’aube que j’ai pu enfin prendre place dans l’avion qui s’est envolé d’Orly vers Caracas, à l’invitation de la Commission Nationale Electorale de la République Bolivarienne du Venezuela, pour prendre place dans la mission internationale d’observation de la phase finale du processus démocratique entamé en août dernier pour une profonde réforme de la Constitution.

 

La mission sollicite la participation de plusieurs dizaines d’observateurs venus du monde entier, pris en charge par la Commission Nationale Electorale, émanation de l’institution d’Etat que l’on nomme là-bas le Pouvoir Electoral. Ces observateurs sont pour l’essentiel des élus et représentants d’organisations démocratiques, et leur mission sera de veiller objectivement au bon déroulement des opérations de vote. La CNE leur demande de relever, si nécessaire, les éventuelles irrégularités.

 

Invité en ma qualité d’élu de la République Française, je prend donc mon rôle très au sérieux... et je me suis documenté sur les procédures de vote au venezuela. Cela fait six ans que dans le cadre de mon mandat d’élu local à Montreuil, je préside un bureau de vote à l’occasion de chaque élection en France. Je crois donc être devenu assez expert sur la complexité du Code Electoral, pour avoir lu et relu – surtout les jours de vote où l’abstention est importante ! – le « Dalloz » rouge de plus de 1000 pages, bien connu des présidents, assesseurs et autres scrutateurs des jours d’élection...

 

Le caractère objectif et impartial de cette mission que je vais tâcher d’honorer avec zèle le jour du referendum, ne saurait m empêcher d’observer cet événement politique avec mes yeux de militant républicain et socialiste. Au fil des notes qui vont suivre, je passerai donc d’un point de vue à l’autre pour faire vivre à mes lecteurs toute l’intensité d’un grand événement démocratique dans ce chaudron révolutionnaire qu’est le Venezuela.

 

 

Note n°2 – Jour J-2

Vendredi 30 novembre – 12h00 (GMT)

Dans l’avion, quelque part entre les Açores et les Antilles

 

Que n’a-t-on pas lu et entendu en France depuis quelques semaines à propos de ce referendum, de Chavez, et du régime en place dans ce pays ? Un torrent de reportages, d’éditoriaux et de tribunes présentant – à de rares exceptions près – toutes un peuple Vénézuélien infantilisé et exagérément exalté par une dictature rampante, exotique et fantaisiste, et s’apprêtant à voter dans l’ignorance et sous la contrainte pour une réforme constitutionnelle réduite à un seul aspect : la possibilité d’une « réélection indéfinie du Président »  comme on a pu le lire dans Libération la semaine dernière sous la plume d’éminents intellectuels. Les médias français sont quasiment unanimes sur cette caractérisation négative et dénigrante de ce qui se passe au Venezuela.

 

A Orly, je croyais bien faire en achetant le Courrier International, espérant lire pendant le voyage quelques articles plus instructifs que la reproduction docile des notes de l’ambassade américaine sur le Venezuela que l’on trouve dans notre pauvre presse nationale. Las ! Bien mal m’en a pris ! On retrouve dans le choix d’articles de la presse internationale le même parti pris, amplifié encore par le caractère prétendu plus expert de rédacteurs étrangers réputés spécialistes de l’Amérique latine, voire, issus du régime vénézuélien. J’aurais du être alerté par la Une du Courier qui présente une caricature de Chavez hilare, Kalachnikov à la main, bras dessus bras dessous avec Poutine, sous le titre « les coups d’Etat du 2 décembre ». Très content de lui, l’éditorialiste du Courrier se lance en effet à une mise en relation imbécile de la date du 2 décembre 1851 (date du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte) et du 2 décembre 2007 (date du referendum vénézuélien, et de la modification constitutionnelle en Russie). Bien sûr, rien à voir entre ces trois événements, ni sur la forme, ni sur le fond, et d’ailleurs la démonstration de l’éditorial est poussive pour développer le  douteux parallèle. Mais qu’importe ! Le mal est fait et le but atteint : rien dans le dossier sur le fond de la réforme en cours au Venezuela sinon quelques commentaire fielleux d’un degré navrant de généralités… tout y est mis au contraire pour instiller le doute et la suspicion.

 

Vivement l’arrivée sur place pour me permettre enfin de me faire une idée…

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