Mission d’observation du referendum constitutionnel au Venezuela

Dimanche 2 decembre 2007

 

Journal de bord de Nicolas Voisin

Maire adjoint socialiste a Montreuil (93)

Président de PRS-93

 

 

Note n°5 – Jour J-1

Samedi 1er décembre – 18h00

Caracas – Dans ma chambre d’hôtel

 

Où avais-je la tête en quittant Montreuil jeudi matin ? Oubliant le câble d'alimentation de mon ordinateur, je me retrouve dépendant d’un délégué argentin qui possède le même type de PC que moi, pour recharger quand je le croise les accus le temps de nos conversations que j’essaie de faire durer le plus longtemps possible dans mon espagnol approximatif ! Oubliant aussi le câble de l’appareil photo, je suis dans l’impossibilité de mettre en ligne ces belles images de Caracas en ébullition. C’est bien pratique, mais fort compliqué, cette technologie...

 

Permettez-moi de rester quelques lignes encore dans mon costume « rouge » de supporter avoué de la révision constitutionnelle... Après ca, c’est promis, je me bornerai à rendre compte de ma mission d’observation.

 

Relisant ma dernière note, j’ai en effet découvert deux oublis (encore des oublis, décidément !) de taille que je m’empresse de corriger.

 

D’abord, j’ai omis de dire que la nouvelle constitution prévoit d’exclure toute évolution vers une autonomie de la banque centrale vénézuélienne. L’article 318 stipule en effet que « la banque centrale du Venezuela ne dispose pas de l’autonomie de formulation et de mise en œuvre des politiques monétaire et son rôle se limitera à la politique économique générale et au Plan de Développement Intégral de la Nation ». Vous reconnaîtrez qu’il ne s’agit pas d’un détail, et que je me devais de préciser cet aspect majeur de la réforme à l’heure où, en Europe, l’autonomie de la Banque Centrale est élevée au rang de dogme dans le projet de traité constitutionnel.

 

Deuxième oubli : la controverse sur les articles 337, 338 et 339 portant sur la mise en place – en cas de nécessité – de l’état d’exception, d’alarme et de choc intérieur ou extérieur. Les médias occidentaux ont voulu y voir la preuve du durcissement du régime, en oubliant qu’il s’agit de dispositions constitutionnelle assez ordinaires qui ont cours dans des démocraties tout a fait irréprochables comme en France, par exemple, où entre le 9 novembre 2005 et le 4 janvier 2006 l’état d’exception a été mis en place par le Président Chirac, à l’initiative du ministre de l’intérieur de l’époque suite à la vague de violences dans les banlieues...

 

Ces précisions faites, voici mes impressions de la journée d`observation.

 

Un processus constitutionnel fonde sur une large consultation

 

Il faut en effet dire trois mots sur ce qui a précédé le referendum du 2 décembre, qui clôt un processus qui aura finalement dure quatre mois. Je connaissais assez vaguement cette phase de préparation en arrivant à Caracas, j’ai pu en apprendre plus avec mes interlocuteurs de la journée.

 

Ainsi, il faut d’abord rappeler que l’essentiel des modifications de la Constitution proposées aujourd’hui par le président de la République faisait partie des engagements électoraux de Hugo Chavez lors de la campagne présidentielle, à l’issue de laquelle il a été élu avec 63% des voix en décembre 2006.

 

C’est le 15 aout 2007 que le président a ouvert le processus de consultation vers la réforme en formulant ses propositions. A partir de cette date jusqu’au 15 octobre, des milliers de réunions publiques ont été organisées dans le pays, plusieurs responsables vénézuéliens rencontres ici m’ont avancé le nombre de 9000, et si l’opposition a effectivement appelé au boycott au début de cette consultation, il s’avère qu’un débat contradictoire s’est peu a peu formalisé.

 

Tous le vénézuéliens interrogés m’ont décrit cette mise en place progressive du débat démocratique : ca a été d’abord la participation de responsables locaux de l’opposition au régime dans les débats populaire initiaux. Puis, les porte-parole des principales forces d’opposition (les sociaux démocrates de Acciòn Democratica et de Movimiento al socialismo, et la droite de Primero Justicia) ont pris part au débat parlementaire.

 

Aujourd’hui, il ne fait nul doute que la réforme est discutée point par point au niveau national, puisque le “bloc du Non” est officiellement constitué, on peut lire ses tracts et ses affiches, et l’on peut lire dans la presse nationale les ténors de l’opposition développant leurs arguments non plus pour appeler au boycott ou à l’abstention, mais pour s’opposer sur une base politique à cette reforme.

 

Deux “blocs” de modifications soumis au vote

 

Résultant de ce processus de consultations préparatoires, ce sont en fait deux votes que les vénézuéliens vont devoir émettre demain : un premier vote Oui ou Non sur le “bloc” des 33 propositions de modifications faites par la présidence de la République, et un deuxième Oui ou Non sur le “bloc” de 25 article résultant du travail de la Commission Mixte (consultation populaire puis débat parlementaire).

 

Conformément à la procédure établie par la Constitution en vigueur au Venezuela, l’Assemblée Nationale a validé ces deux blocs de propositions, ouvrant la voie à la dernière phase : la soumission des articles au referendum populaire du 2 décembre.

 

Un vote électronique éprouvé et convaincant

 

J’ai passé l’essentiel de la journée de samedi à suivre la formation dispensée par les représentants du pouvoir électoral, et à observer la simulation du vote électronique, tel qu’il sera mis en place demain matin dans la majorité des bureau de vote du pays.

 

Je ne cacherai pas que je partais avec un a priori plutôt – disons – circonspect sur cette procédure technologique, attaché comme de très nombreux français à notre bonne vieille méthode tant éprouvée… attaché peut être aussi, il faut bien le reconnaitre, au bon vieux rituel tellement rassurant de cette espèce de liturgie laïque qui amène nos concitoyens, les dimanche d’élection, à présenter leurs papiers d’identité, a prendre l’enveloppe et les bulletins, puis à passer dans l’isoloir, puis devant l’urne en plexiglas (modernité suprême depuis la fin des urnes en bois il y a quelques années !), à signer le registre en entendant le maire proclamer le triomphal “a vote” de notre République.

 

Circonspect étais-je donc. Ma journée d’observation m’a convaincu de la solidité du système mis en place ici, au Venezuela.

 

Si la démocratie a un coût, manifestement, la République Vénézuélienne a mis le paquet sur l’équipement utilisé. La dessus, il n y a pas de doute. Décrire en détail le système me prendrait trop de temps. Cependant, on m’a démontré pendant près de 5 heures la pertinence de la technique, garantissant une gestion très efficace et précise de la liste d’émargement, une simplicité assez déconcertante – presque ludique – de la procédure pour une population où l’analphabétisme n’a pas disparu, une totale confidentialité du vote, une grande maîtrise des éventuelles erreurs de manipulation par des votants maladroits ou mal intentionnés, une double sécurité du dépouillement avec la conservation en parallèle du vote électronique d’une trace écrite “sur papier” permettant un contrôle a posteriori.

 

La centaine d’observateurs internationaux s’en sont donnés à cœur joie pour éprouver toutes les situations possibles, passer au crible le système, multiplier les questions ultra techniques (il y avait parmi nous des juristes experts des questions électorales). Assez peu qualifié sur la technologie, je me suis vite accoquiné avec quelques élus Européens et Latino américains, de vieux routiers des élections connaissant comme moi par cœur les combines et autres incongruités décrites dans les jurisprudences de nos codes électoraux respectifs, pour tenter de déstabiliser nos interlocuteurs du Conseil National Electoral. Restant de marbre, sans se rendre compte, je crois, que nous exagérions de temps en temps dans l’irrationalité de nos questions, ils ont répondu à tout avec application, et ont finis par nous décourager.

 

Une volonté évidente de transparence

 

La réunion de synthèse réalisée en présence de la presse a permis de conclure a la rigueur du système, que du reste presque plus personne ne conteste dans le pays. Epreuve réussie, donc, et à confirmer demain, en grandeur nature, comme je l’ai dit lors de cette réunion à la Présidente du CNE, Mme Tibisay Lucena, puisque pas moins de 10 équipes d’observateurs seront composées pour sillonner la région de Caracas, disposant de tous les pouvoirs d’investigation pour visiter plusieurs dizaines de bureaux de vote.

 

Une réunion de synthèse aura lieu au terme de cette mission d’observation internationale, mais une chose est d’ores et déjà acquise pour moi comme pour la plupart de mes collègues, la certitude de la volonté évidente de transparence de la part du Pouvoir Electoral du Venezuela.

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