Hier matin, dimanche 24 février, à 10h00, j’avais rendez-vous avec Jean-Luc Mélenchon à la Gare RER de Drancy pour rejoindre les socialistes engagés dans la bataille municipale au Blanc-Mesnil. J’avais quelques scrupules à laisser mes amis montreuillois distribuer sans moi les tracts de la liste d’Union avec Jean-Pierre Brard sur les marchés de la ville, mais il était important pour moi, responsable départemental du PS-93, d’aller apporter un soutien très fort à nos camarades plongés – eux aussi – dans un imbroglio tout à fait incroyable. Puis, à 14h30, nous nous sommes rendus à Clichy Sous Bois, où Claude Dilain, le maire PS de la ville qui conduit une liste de rassemblement de toute la gauche, invitait Jean-Luc Mélenchon pour évoquer les questions de l’école et de la Laïcité.


Au Blanc-Mesnil avec Marie-George Buffet

JLM-MGB.jpgAinsi, dans la ville où Marie-George Buffet est conseillère municipale, des élus et dirigeants de la section socialiste du Blanc-Mesnil ont décidé de rompre l’accord avec les communistes et de présenter une liste avec le Modem ! Pour être honnête, cela faisait des mois que l’on voyait venir cette dérive irresponsable. Au sein des instances fédérales du PS-93, j’avais eu l’occasion de contester les position de plus en plus provocatrices des dirigeants de cette section, et lors de nos débats de l’automne sur la stratégie départementale, j’avais alerté mes camarades sur le danger que je voyais dans l’établissement approximatif de la liste des cinq communes où il devrait y avoir une primaire PS-PCF, qui ne manquerait pas de donner un prétexte à toutes les aventures. On le sait, cette liste de cinq communes établie en novembre (La Courneuve, Aubervilliers, Bagnolet, Pierrefitte, Villetaneuse) répondant déjà à des critères fluctuants, a été rallongée jusqu’à sept en janvier avec Tremblay en France et Saint-Denis, où les responsables socialistes locaux se sont arrangés pour recevoir la bénédiction du bureau national. Evidemment, la tentation était trop forte pour ceux qui au Blanc-Mesnil piaffaient d’impatience d’en découdre… ils ont franchi le pas.

Les membres de cette liste socialiste dissidente ont été immédiatement exclus du Parti Socialiste. C’est la procédure prévue. Heureusement, tous les militants du Blanc-Mesnil n’ont pas perdu la tête. Derrière les élus municipaux sortants Marc Soury et Alain Barrès, une liste socialiste a été rapidement reconstituée pour l’intégrer à une belle liste d’union de la gauche conduite par les communistes Daniel Feurtet, Didier Mignot et Marie-George Buffet. La fédération a agi vite et bien pour faire face à la crise et pour aider les camarades locaux à tenir la ligne du rassemblement.

J’approuve donc l’attitude du Parti Socialiste face à une telle irresponsabilité. Mais si l’on observe de près les « critères » mis en avant dans d’autres villes où la primaire a été validée par le PS, il y a lieu de s’interroger sur les raisons qui ont conduit à une telle rigueur ici, au Blanc Mesnil. Faut-il y voir un attachement salutaire de la rue de Solférino à l’unité de la Gauche et à la reconnaissance du PCF comme un partenaire incontournable dans la bataille contre Sarkozy ? Mais alors pourquoi ici et pas ailleurs ? Un camarade socialiste du Blanc-Mesnil m’a confié que, selon lui, c’est seulement la présence de la secrétaire nationale du PCF dans la liste qui avait sauvé l’union au Blanc Mesnil. Si elle n’avait pas été du coin, il y aurait eu huit villes disputées en primaire aux communistes dans le département. Il est bien sûr difficile de prouver cette thèse, mais si ce camarade a raison, alors c’est effrayant…

Soury-et-Barr-s-JLM.jpgUne heure et demi durant, nous avons donc déambulé dans le marché populaire du Blanc-Mesnil pour nous apercevoir du soulagement des gens normaux de voir deux anciens ministres du gouvernement Jospin, une communiste et un socialiste, marcher de front pour défendre les salariés et sanctionner la droite…

On a pu aussi mesurer l’agressivité hystérique de la droite et « des ralliés de l’autre rive » qui titrent leurs tracts de slogans qui fleurent bon la haine de classe et l’anticommunisme primaire : « dehors les cocos » ou encore sur l’affiche UMP un très gaullien « libérons le Blanc-Mesnil » du joug des soviets je suppose ! « Libérons le Blanc-Mesnil » ? Ca m’a rappelé quelqu’un… Ah, oui ! J’ai lu quelque part qu’il fallait aussi « Libérer Montreuil » de Brard-Ceaucescu ! Le malheur, c’est que cette haine là sortait de la bouche d’une autre ex-ministre du gouvernement Jospin… Verte celle là.

L’apéro pris joyeusement avec les socialistes dans le local du PCF (transformé en local de campagne PCF-PS-Verts-LO... que cela fait du bien !) nous avons laissé ces camarades regonflés à bloc pour mener les 15 derniers jours de campagne tambour battant. Hauts les cœurs, les amis, vous êtes l’honneur de la gauche !
 

A Clichy avec Claude Dilain

Espace 93 à Clichy, Claude Dilain nous attendait avec l’essentiel des membres de  sa liste d’union de toute la gauche et une bonne cinquantaine de citoyens de la ville qui sacrifiaient un beau dimanche ensoleillé pour discuter de l’école et de la laïcité.

Je mettrai bientôt en ligne l'exposé de Mélenchon (58 minutes, tout de même...)

Dilain-et-JLM.jpgMais ce qu’il faut retenir, c’est la passion avec laquelle l’assemblée a suivi près de 2h30 de débats pour chercher à résister au travail de sape qu’a entrepris Nicolas Sarkozy et la droite contre les deux principaux piliers de la République : l’Ecole et la Laïcité. Jean-Luc a notamment présenté le livre où il analyse le discours de Nicolas Sarkozy, prononcé en décembre 2007 à Latran (on peut commander ce bouquin ici). Avec l'assaut de Sarkozy contre la Loi de 1905 et le principe de séparation de l'Etat et des religions, la défense de la Laïcité est bien au coeur de la campagne municipale.

Bravo à Claude Dilain d’avoir pris cette initiative, au moment où bon nombre de campagnes municipales s’embourbent dans les enjeux purement locaux, il faut féliciter ce maire socialiste et rassembleur de la gauche dont l’engagement sur le terrain n’est plus à démontrer, de savoir provoquer un débat exigeant sur des questions fondamentales. Les militants rencontrés là-bas m’ont tous dit que « ça fait du bien à la tête » de réfléchir aux grandes questions pour mieux s’occuper des petites. Mais pour que la gauche regarde loin et voie clair, encore faut-il qu’elle soit unie !

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