Lendemain de 1er tour des élections municipales et cantonales. C’est aussi la rentrée des classes. Je trouve quelques minutes entre deux cours avec mes élèves au lycée d’horticulture de Montreuil pour livrer mon analyse qui sera donc très superficielle.

 
Au niveau national :

 
D’abord, c’est une incontestable progression de la gauche dans les urnes Le vote d’hier, on le sait, pouvait avoir deux dimensions pour la plupart des français : choisir localement les meilleures équipes pour s’occuper des affaires publiques communales et départementales, sanctionner nationalement la politique du gouvernement Sarkozy. C’est globalement ce qui s’est passé.

 
Depuis hier soir, la droite se débat pour tenter de relativiser sa défaite en montrant ici et là le maintien de quelques listes et l’élection de quelques ministres, mais quiconque analyse lucidement les chiffres constate que la gauche progresse, des villes de droite basculent et annoncent (dès le premier tour parfois) l’installation de nouvelles équipes municipales de gauche, et le vote a bel et bien été utilisé par les électeurs pour émettre un message clair de rupture avec la politique gouvernementale et Nicolas Sarkozy.

 
Malheureusement, il n’y a pas que la droite pour s’employer obscurcir le message des électeurs en soufflant des écrans de fumée sur ce qui pourrait apparaître comme une belle victoire de la gauche contre la droite.

 
Avant tout, on paie bien sûr l’extraordinaire confusion des alliances conclues avant le premier tour, où l’on trouvait quasiment dans chaque endroit une situation différente, avec – dans des villes parfois limitrophes – des combinaisons totalement contradictoires (et parfois ahurissantes) mettant en jeu le PS, le PCF, les Verts, le PT, la LCR, LO… alliés ici, opposés là, avec des dissidents, des transfuges et… le Modem comme invité surprise pour faire bonne mesure !

 
Et puis, concernant le Modem justement, il y a cette obstination de certains à vouloir faire jouer aux « centristes » de droite le rôle d’arbitre du deuxième tour, alors que tout montre l’incohérence de ce rapprochement avec les amis de François Bayrou. Incohérence et inutilité car à Paris comme ailleurs, la gauche n’a pas besoin du Modem pour l’emporter au deuxième tour.

 
Au niveau départemental :

 
Le conseil général reste très majoritairement à gauche et changera sans doute de présidence. Dans 2 des 11 cantons PCF qui se renouvellent, on sait déjà que c’est le PS qui l’emportera dimanche prochain en profitant du désistement républicain du Parti Communiste. Ce changement était attendu. Il se réalise. Dans quelques jours, le conseil général de la Seine-Saint-Denis aura sans doute une présidence socialiste s’appuyant vraisemblablement sur une majorité d’union de la gauche rassemblant le PS et le PCF. Etait-il nécessaire pour arriver à ce résultat de bâtir avec les Verts  une alliance tellement agressive vis-à-vis du PCF ? On en jugera au lendemain du 2ème tour. En attendant, c’est l’union la plus large de la gauche qui doit s’imposer partout dans le département, en respectant le désistement républicain dont la gauche toute entière profitera ici et ailleurs.

 
Sur les municipales, ceux qui annonçaient « la mort du parti communiste » en sont pour leur frais, car sur les sept « primaires » provoquées par le Parti Socialiste contre le PCF, il n’y a qu’à Pierrefitte que la liste PS arrive devant celle du PCF. Partout ailleurs, le PCF se maintient et progresse même avec certains scores impressionnants comme à Tremblay en France par exemple.

 
Je suis socialiste, membre du secrétaire fédéral du PS. C’est à ce titre que j’observe le succès des camarades de Pierrefitte et l’échec de ceux de La Courneuve (PCF 46,90% - PS 36,68%) , de Bagnolet (PCF 42,77% - PS 23,17%), d’Aubervilliers (PCF 34,94% - PS 31,95%), de Villetaneuse, de Tremblay (PCF 70,33% - PS 8,58%), de Saint-Denis (PCF 42,02% - PS 22,57%) que j’encourage à  préparer utilement le 2ème tour, en ouvrant dans les meilleures conditions possibles la discussion avec nos partenaires communistes. Il n’y a évidemment pas de quoi se satisfaire au PS de cette situation d’échec. Du reste, aurait-on pu se satisfaire du prix politique qu’il aurait fallu payer si dans ces sept communes la primaire avait été remportée par le PS ? Mais cela ne se discute même plus : le choix stratégique des primaires se révèle comme un pari à haut risque qui a été globalement perdu. C’est un fait, et c’est ainsi qu’il va falloir l’analyser au sein de la fédération socialiste.

 
Par ailleurs, il faut aussi souligner que les listes d’union PS-PCF ou PCF-PS ont remporté de très beaux succès, avec un nombre impressionnant de victoires dès le premier tour, comme au Blanc Mesnil (51,47%), à Bobigny (54,77%), à Bondy (56,37%), à Clichy sous Bois (61,91%), aux Lilas (59,73), à Sevran (59,01%), etc…

 
A Montreuil :

 
Sur la municipale : la liste de rassemblement de la gauche conduite par Jean-Pierre Brard arrive nettement en tête avec 39,42% des voix. Celle de Dominique Voynet est à 32,47%, soit près de 2000 voix derrière. Les autres listes sont toutes éliminées.

 
Jean-Pierre Brard a proposé la fusion de listes de gauche en mesure de le faire : La liste Voynet (Verts) et la liste Mailloux (LCR) qui avec 6,29% apparaît en nette progression.

 
La réaction bruyante et méprisante des amis de Dominique Voynet qui ont hué cette proposition de fusion annonce – une nouvelle fois – le total mépris que cette mouvance affiche pour l’union et l’intérêt général de la gauche dans les enjeux nationaux. Dès ce matin, un tract était d’ailleurs distribué faisant immédiatement le deuil de tout espoir de rassemblement de toute la gauche au deuxième tour.

 
La LCR, pour sa part, a eu une réaction plus mesurée et réserve encore sa réponse à l’heure où j’écris ces lignes. Aux militants de la LCR, à François Mailloux qui a conduit cette liste, je souhaiterais adresser le message suivant :

 
Les 1694 montreuillois qui ont voté LCR attendent d’eux qu’ils offrent un débouché politique à leur vote sanction contre la droite. Réduire la signification de ce vote au seul signe d’une disponibilité militante pour une force politique anticapitaliste serait une erreur. Les 1694 citoyens français vivant à Montreuil qui se sont rendus aux urnes pour y mettre un bulletin de cette liste attendent d’être représentés par des élus. Ce n’est pas une pétition qu’ils ont signée. C’est un vote qu’ils ont émis. En République, on vote pour être représenté par des élus sur la base d’un mandat. Pour la première fois à Montreuil, ce parti politique qu’est la LCR est en situation d’avoir des élus. C’est ainsi que François et ses camarades devraient concevoir leur responsabilité. S’ils le font, c’est un débat passionnant qui va s’ouvrir avec au sein de la majorité municipale, car si notre accord sur l’essentiel aura été matérialisé, nous pourrons librement débattre de nos désaccords sur un pied d’égalité. S’ils ne le font pas, ce sera regrettable pour la gauche. Mais ce sera aussi désespérant pour la grande partie des 1694 électeurs de la LCR qui apprendront que leur vote n’a pas eu ce débouché. Ce sera enfin un signe très inquiétant donnée par la LCR à Montreuil éclairant très négativement la stratégie que prétend défendre cette organisation vers un « nouveau parti » : à quoi bon voter pour un parti, qu’il soit ancien ou rénové, s’il ne se confronte jamais à la réalité de la responsabilité politique ? A quoi bon appeler à la révolution si ce n’est pas pour gouverner ?

 
En tout état de cause, c’est une semaine de campagne intense qui s’ouvre pour la liste de rassemblement de la gauche avec Jean-Pierre Brard.

 

Sur les cantonales : le canton Montreuil Nord a été remporté par la candidature socialiste de Frédéric Molossi et Delphine Beauvois. A la loyale, en arrivant en tête au premier tour. Et c’est avec dignité que Claire Pessin-Garric (Mars-PCF) en mesure de se maintenir a immédiatement annoncé qu’elle se retirerait au nom du principe de « désistement républicain à gauche ». Pour mémoire, en 2001, c’est Frédéric Molossi qui s’était retiré dans les mêmes conditions au profit de Claire. Ainsi va la vie, à gauche, lorsque les principes sont clairs et respectés, le débat peut alors avoir lieu, la confrontation lorsque c’est nécessaire, et les équilibres peuvent démocratiquement changer au sein de la gauche… mais sans compromettre l’unité des valeurs essentielles.

 
On ne peut pas en dire autant de ce qu’il advient dans le canton Montreuil-Est où Jean-Charles Nègre (PCF) arrive largement en tête devant Fabienne Vansteenkiste (Verte) qui a d’ores été déjà annoncé qu’elle se maintiendrait, comptant sur les voix de droite pour arbitrer le deuxième tour. Notons au passage que cette attitude irresponsable et hostile à la gauche va conduire cette candidate à perdre le soutien que mon organisation lui avait accordée (dans les conditions que l’on sait… voir cette note). Quel gâchis pour la gauche montreuilloise ! Quel gâchis pour ma fédération. J’espère que cette fois ci, mes camarades retiendront quelle confiance on peut accorder à de tels partenaires. Et – comme le dira le Parti Socialiste dans la semaine qui vient – je souhaite que Jean-Charles Nègre, candidat de rassemblement de la gauche, l’emporte très largement sur ce canton au deuxième tour.

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