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Après celle consacrée au rapport équivoque de la liste de Dominique Voynet  à la Laïcité, voici une deuxième note de lecture des archives du « Poivron », organe officiel depuis 1999 de la mouvance « nihilo-anarcho-démocrate » implantée à Montreuil autour de la liste Verte (après tout, le droit d’asséner des appellations exotiques et cruelles n’est pas réservé à l’idéologue Patrick Petitjean… moi, le « brardiste chef local du proto parti mélenchiste » comme il dit, je parlerai donc désormais de la « mouvance NAD », dénomination dont je tâcherai de démontrer la pertinence).

 

Je préviens mes lecteurs : cette note est longue (et en 2 parties). Mais pour comprendre les ressorts d’une campagne qui se mène, côté Dominique Voynet, à coup de slogans réducteurs, fondamentalement nuisibles à la gauche et profitables à la droite, il faut parfois remonter loin et expliquer avec précision.

 

J’ai hésité sur le titre de cette note. Je compte en effet me concentrer sur la question spécifique du « désistement républicain » entre les candidats de gauche au 2ème tour. Mais comme on va le voir, contrairement à la « mouvance NAD » qui réduit cette pratique à la simple question « démocratique », vidée du sens républicain que la gauche lie à la démocratie, c’est en réalité celle de l’identité de la gauche républicaine qui se pose, et du rapport entre les forces politiques qui la constituent.

 

Pourquoi parler – me dia-t-on – de cela alors que de toute façon, c’est trop tard : la liste de Dominique Voynet ayant balayé du revers de la main, dès dimanche soir, toute idée de fusion des listes de gauche, et que sur le canton Montreuil-Est, Fabienne Vansteenkiste s’étant maintenue contre le communiste sortant Jean-Charles Nègre ? Pourquoi s’acharner à défendre ce principe alors que dans le département de la Seine-Saint-Denis il a volé en éclat dans une demi douzaine de villes ?

 

Parce que l’histoire n’est pas terminée. Lundi 17 mars au matin, quand nous aurons gagné, la gauche sera confrontée aux mêmes questions identitaires qu’à la veille des élections locales, qui sont loin d’être définitivement réglées et arbitrées par ces élections.

 

Et puis je ne désespère pas de convaincre des électeurs de gauche, qui ont sincèrement voté pour Dominique Voynet dimanche dernier, du problème que pose son obstination à se maintenir au deuxième tour, refusant le rassemblement proposé par notre liste, qui lui aurait bien entendu réservé – à elle et à ses colistiers – une place très honorable dans la nouvelle municipalité de gauche.

 

 

 

 

Note n°2

La liste de Dominique Voynet à Montreuil

 

et son rapport à la Gauche

 

 

-         Juin 2002 : le travail de sape commence

 

Sur cette question du désistement républicain, tout commence à Montreuil en juin 2002, lors de la législative suivant immédiatement le traumatisme du 21 avril, avec la dissidence (déjà !) de Mouna Viprey, candidate PS au premier tour, arrivée 2ème loin derrière Jean-Pierre Brard,  et décidant de se maintenir au motif que la droite était éliminée. Mouna Viprey, immédiatement exclue du PS qui a reporté son soutien sur Jean-Pierre Brard (elle restera exclue pendant deux ans… puis reviendra pour être à nouveau exclue en 2008 !), a perdu au 2ème tour.

 

J’ai malheureusement égaré les numéros du Poivron de cette époque, mais j’ai retrouvé le tract de Patrick Petitjean, candidat Vert éliminé au 1er tour, se livrant à une explication  alambiquée entre les deux tours intitulé « la droite éliminée… que choisir à gauche ? ».

 

La déclaration annonce d’emblée que « les Verts ne soutiennent par Jean-Pierre Brard » et dénonce avec véhémence le soutien que Noël Mamère a choisi d’apporter au candidat de la gauche. Pour les Verts montreuillois, Mamère « ignorant la situation locale » se serait « laissé piéger ». Sous l’intertitre « pour la démocratie », les Verts de Montreuil « pensent que Mme Viprey a parfaitement raison de maintenir courageusement sa candidature. Une candidature unique est pour nous à l’opposé de la démocratie. Les électeurs doivent pouvoir choisir ! ». Puis le tract conclut : « considérant que les électeurs sont en mesure de faire leur choix, les Verts de Montreuil ont décidé de ne soutenir aucun des deux candidats en présence ».

 

Ainsi, refusant d’apporter leur soutien à aucun des candidats en lice, les renvoyant dos à dos parce qu’ils « n’ont pas trouvé dans les pratiques du PS et dans [la] campagne suffisamment de motifs de convergence », les Verts de Montreuil ont abandonné les électeurs proches de leur sensibilité dans la confusion de cette situation… alors que la gauche se débattait au niveau national pour faire barrage à la vague bleue de l’après 21 avril 2002… déjà.

 

Manifestement, les Verts de Montreuil qui avaient rompu l’union de la Gauche en 1999 en quittant la majorité municipale (issue des élections de 1995), ne s’attendaient pas à la situation singulière du 2ème tour de la législative de 2002 et ont improvisé leur positionnement. Mais c’est à partir de cette date que l’idéologue du Poivron s’est mis au travail, pour construire une théorie sur cette question de la discipline républicaine de la gauche au deuxième tour. La théorie sera prête à être diffusée deux ans plus tard.

 

-         Cantonale de 2004 : ça tient encore… mais c’est fragile

 

Mars 2004, élections régionales et cantonales. A Montreuil, c’est le canton Ouest qui se renouvelait.

 

Voici l’analyse du Poivron n°60 de mars 2004 :

 

Le Poivron n°60 – Mars 2004

Martinez remplace Puig

 

Les Jeux sont faits depuis le 21 mars. Sans surprise, un socialiste remplace une communiste comme conseiller général dans le canton de Montreuil-Ouest. […] Le PS devance le PC, ce qui traduit l'évolution sociologique du canton et celle des rapports de force électoraux qui en découlent. En réalité, les déplacements de voix ne sont pas si considérables.

 

Un vote Huchon. […]

Le PS a bénéficié pour la cantonale de la mobilisation des électeurs pour les régionales. Il n'a pas été rare de voir arriver dans les bureaux de vote de (jeunes) électeurs venant accomplir leur devoir électoral pour les régionales et découvrant, en arrivant, qu'il y avait une autre élection en même temps... Nombre d'entre eux ont dû voter pour le PS aux deux élections.

Un très bon résultat de Fabienne [Vansteenkiste : candidate verte - NDLR].

[…] Il ne lui a manqué que 220 voix pour atteindre 10% des inscrits et pouvoir se maintenir contre le PS au 2e tour...

Patrick Petitjean

 

Je passe sur la délicatesse de la considération de Patrick Petitjean en 2004 à l’égard de sont actuel colistier de 2008 Manuel Martinez : d’après ce qu’il écrit, une chèvre avec le Poing et la Rose sur le dos aurait été élue !

 

A vrai dire, je ne suis pas loin de partager l’analyse, car l’extraordinaire vague de la gauche de 2004 aux régionales et cantonales de 2004 était de toute évidence un vote sanction du gouvernement Raffarin, et c’est bien le PS qui a été choisi par la majorité des électeurs comme le vote le plus utile pour exprimer ce message (encore qu’il faut nuancer ce point de vue pour le scrutin « de liste » des régionales…). Mais je sais que Manuel Martinez est convaincu (comme beaucoup d’élus de 2004) que ce sont ses qualités intrinsèques qui l’ont amené à la victoire. Laissons Patrick et Manuel s’expliquer là-dessus aujourd’hui entre eux au sein de la coalition de la liste Voynet !…

 

Ce qui est remarquable, c’est la le passage « Le PS devance le PC, ce qui traduit l'évolution sociologique du canton et celle des rapports de force électoraux qui en découlent. » qui démontre la vision mécaniste de la « mouvance NAD » sur la nature des votes supposés sociologiques.

 

Ainsi, la « petite bourgeoisie » s’installant à Montreuil serait par nature Socialiste au sens « moderne » du terme dans l’esprit de Patrick Petitjean, c’est à dire opposé à l’« archaïsme » des tenants de la gauche de transformation sociale du PS et du PCF héritière de la grande union de la gauche et du programme commun. C’est exactement dans le droit fil de cette thèse que la liste Voynet oppose aujourd’hui le « Montreuil des bobos » qu’elle représenterait naturellement au « Montreuil des prolos » de la liste de l’union de la gauche.

 

Dans le roman de la campagne Voynet mis en scène depuis plusieurs mois par les grands médias nationaux, c’est cette thèse qui a tellement plu à la plupart des journalistes. Cette vision des choses est bien sûr ravageuse pour l’identité de la gauche à Montreuil. C’est cette même presse dominante qui, par ailleurs, condamne régulièrement « la classe ouvrière » à l’extinction, oubliant que les catégories « employés » et « ouvriers » constituent encore dans notre pays l’immense majorité de la population active !

 

Et puis un autre passage remarquable, c’est la conclusion sur Fabienne Vansteekiste  : « Il ne lui a manqué que 220 voix pour atteindre 10% des inscrits et pouvoir se maintenir contre le PS au 2e tour... »

 

Pour mémoire, Catherine Puig, candidate sortante, Vice-Présidente PCF du Conseil Général (décédée depuis), n’a pas hésité à accepter le verdict des urnes le soir du 1er tour de la cantonale de 2004. Avec dignité, Catherine arrivée 2ème derrière Manuel Martinez, a immédiatement retiré sa candidature et a appelé à voter pour son concurrent de gauche. Celui ci a donc été élu le dimanche suivant avec un seul bulletin sur la table de vote.

 

De cela, plus personne n’en parle aujourd’hui au sein de la « mouvance NAD ».

 

Mais en mars 2004, l’idéologue Petitjean n’étais pas encore l’allié de Martinez, et poursuivant son travail doctrinal, il écrivait (toujours dans le Poivron n°60) : « Entre les deux tours, toujours aussi grand seigneur, Brard fait distribuer son propre tract dans toutes les boîtes aux lettres, pour soutenir Huchon aux régionales et... Martinez à la cantonale. Superbe. »

 

Eh oui, même Jean-Pierre Brard – comme Noël Mamère en 2002 – avait fait le travail. Conformément à cette discipline républicaine du désistement à gauche au 2ème tour qui fonde l’identité commune de la gauche toute entière.


Suite dans la 2ème partie...

 

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