Pas beaucoup de temps à consacrer à ce Blog depuis dimanche soir. Nous avons perdu. Et dès dimanche soir, il a fallu comprendre à toute vitesse la situation qui s'ouvrait avec la large victoire de la Liste Voynet à Montreuil, pour réconforter les camarades et ne pas les abandonner à la colère ou à la résignation, pour répondre aux journalistes, pour entamer dès les résultats proclamés la réflexion avec les forces politiques de la gauche montreuilloise... pour "faire les cartons" au bureau, à la mairie, pour règler les affaires courantes, pour signer les derniers parapheurs, pour réunir une dernière fois les agents municipaux des services avec lesquels j'ai travaillé 7 années...

Ci-dessous, ma lettre envoyée il y a quelques minutes aux agents communaux. Elle indique dans quel état d'esprit je me trouve.





Lettre aux agents communaux de la Ville de Montreuil



« Pour moi, ces troubles ne m’incitent ni au rire ni aux pleurs ;
plutôt développent-ils en moi le désir de philosopher et de mieux observer la nature humaine. »

Spinoza - 1665





Chers collègues,

Dans 48 heures, samedi 22 mars 2008, une nouvelle municipalité s’installera à Montreuil. Dix septième sur la liste d’union PCF-PS qui obtient 12 élus, je n’y siègerai pas. Demain soir je rendrai les clés de mon bureau d’adjoint chargé des affaires sociales, de l’emploi, de l’insertion, de la vie associative. Je retournerai « à temps plein » dans mon statut de fonctionnaire de l’Education Nationale et resterai le militant engagé dans la vie politique, syndicale, associative et citoyenne que je n’ai jamais cessé d’être en servant le mandat municipal qui s’achève.

Au cours des sept dernières années, j’ai été amené à travailler avec grand nombre d’entre vous, agents de la fonction territoriale, qui travaillez avec tant de dévouement au service de la collectivité. Je ne pouvais pas quitter ma fonction d’élu sans vous adresser ce message.

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Mes premiers mots seront pour souligner la qualité de votre engagement quotidien au service de l’intérêt général des montreuilloises et des montreuillois, pour saluer votre attachement aux valeurs républicaines liées à votre fonction, et enfin pour remercier votre disposition à mettre en œuvre les orientations politiques définies par la municipalité dont j’ai fait partie.

Je veux vous dire que j’ai beaucoup appris à vos côtés, et pour ma part, je me suis efforcé d’assumer au mieux mon rôle politique auprès de vous, notamment dans les secteurs dont j’ai eu la responsabilité et en tant que Président du groupe des élus socialistes.

Excellents fonctionnaires servant l’institution municipale, vous êtes aussi des citoyens éclairés et nécessairement impliqués dans la vie démocratique de notre commune. Je veux donc vous assurer de la lucidité avec laquelle je tâche - comme nous devons tous le faire, militants et citoyens -  d’analyser le résultat de l’élection municipale. Au lendemain de toute élection, en République, ceux qui l’emportent doivent savoir gérer leur victoire, et ceux qui perdent doivent savoir assumer leur défaite. Ni rire, ni pleurer, comprendre, disait le philosophe. Voilà mon état d’esprit.

Comprendre qu’au niveau montreuillois, la nouvelle situation municipale découle avant tout du fait qu’une partie de la gauche a choisi d’en affronter une autre, employant pour cela tous les moyens disponibles dans la confrontation au premier tour, et surtout au second. L’union n’a pas été possible au premier tour, dans la continuité du choix d’une opposition de gauche installée depuis 1999 au conseil municipal. L’union a malheureusement été une nouvelle fois rejetée au second tour laissant la possibilité aux électeurs de droite dont les candidats ont tous été éliminés dès le 9 mars d’arbitrer la querelle de la gauche montreuilloise. Permettant aussi à des mouvances hostiles aux valeurs fondamentales de la République d’intervenir activement dans cette élection. Ce sont là des faits. Je ne réduis pas les enseignements du deuxième tour à cette seule réalité, mais je ne peux la passer sous silence.

Car prenant acte - bien entendu - des résultats qui amènent à l’installation d’une nouvelle majorité de gauche à Montreuil, chacun est en droit de conserver un avis sur les méthodes employées, de confronter les orientations et les programmes présentés pendant la campagne, de poursuivre le débat sur les lignes claires, de réclamer la lumière sur les zones obscures.

Je n’ignore pas non plus les responsabilités qui sont les nôtres dans l’échec de la liste à laquelle je participais. Il faudra prendre le temps d’une analyse lucide et constructive, mesurant les responsabilités collectives, analysant en profondeur la signification politique du vote des montreuillois, mais de toute évidence, l’enjeu que représentait le « système » institutionnel de la municipalité et celui de la personnalité des deux têtes de liste ont été décisifs. Il s’agit d’en tirer les leçons, tant pour le passé que pour l’avenir.

Les 12 élus issus de la liste que je soutenais ont choisi de se constituer, à partir du conseil municipal d’installation de samedi prochain, en « minorité constructive et vigilante », affirmant ensemble leur reconnaissance du rôle des organisations politiques nationales de la gauche, puisqu’il y aura - notamment - un groupe socialiste et un groupe communiste au sein du conseil municipal dominé par une gauche « sans étiquette » et écologiste. Je me félicite du choix collectif, responsable et constructif fait pour définir le rôle de ces 12 élus. Le débat de la gauche va donc se poursuivre d’une manière structurée dans notre ville, tout comme il a cours dans le pays.

Je veux conclure cette lettre sur ce dernier point : Montreuil n’est pas - n’a jamais été - une « République autonome » coupée de la réalité nationale. La singularité de la situation montreuilloise ne saurait faire oublier qu’au niveau du pays tout entier, c’est une vague de fond qui a consolidé l’ancrage territorial de la gauche, du Parti Socialiste et du Parti Communiste notamment, et a porté des listes de gauche rassemblée à la tête d’un grand nombre de municipalités et de conseils généraux jusqu’alors dirigés par la droite. Moins d’un an après les élections présidentielles et législatives, il s’agit d’un signal très fort donné par le peuple français contre la politique gouvernementale.

Dès lors, nul ne saurait contribuer à installer à « Montreuil-la-rouge » l’abattement et la morosité. Les batailles de la gauche sont devant nous, en défense des services publics, de la Laïcité, de l’égalité des droits, de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la mixité sociale, de l’environnement à léguer aux générations à venir. Et voilà la question européenne qui revient dès l’an prochain avec de nouvelles élections dès juin 2009, à la suite du Non majoritaire des français au Traité Européen le 29 mai 2005, bafoué en février 2008 par la ratification au Congrès de Versailles du même texte par la voie parlementaire choisie par Monsieur Sarkozy. 

Que de grandes causes à défendre, que de belles batailles sociales et démocratiques à engager, que de belles perspectives électorales pour la gauche sociale et républicaine, à Montreuil comme ailleurs !

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Incontestablement, c’est une page qui se tourne à Montreuil, mais elle est déjà recouverte par la suivante. Nous allons l’écrire ensemble… Responsable politique, militant pour la République Sociale et pour l’unité de la gauche, investi depuis plus de 15 ans dans la vie citoyenne de cette ville, je resterai actif et à la disposition de toutes les bonnes volontés pour entretenir cette belle identité populaire, solidaire, métissée et laïque de Montreuil et pour y construire un avenir meilleur.

Dans quelques heures, l’un de vous, un agent de la DNTI, supprimera d’un « clic » l’adresse électronique par laquelle je vous adresse ce message ! C’est son travail, et ainsi va la vie ! Voici mon adresse électronique personnelle et je vous invite à l’utiliser pour garder le contact sur toutes les questions sur lesquelles vous jugerez utile de m'interpeller.


A bientôt.
Très respectueusement,
Nicolas Voisin
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