On le sentait venir depuis plusieurs semaines et le parcours rocambolesque de la flamme olympique à Paris, lundi, a déchaîné la fièvre médiatique sur la "question tibétaine" au point d'en faire perdre le sens de la mesure à tous les responsables politiques, qui sse sont tous sentis obligés d'apporter leur petite contribution à ce vacarme conformiste d'un "prêt à penser" déversé à gros bouillon depuis lundi matin par toutes les rédactions de la presse écrite et audio-visuelle. Anecdote personnelle très révélatrice de cette émulation grotesque dans la dramatisation de l'événement à laquelle tout le monde est tenu de participer : la séance du Conseil Fédéral du Parti Socialiste de Seine-Saint-Denis de lundi soir, où un orateur s'est senti obligé de faire se lever l'assistance pour observer une minute de silence... refusant de me prêter à ce jeu irrationnel, je suis sorti de la salle pour éviter de provoquer un incident et une discussion qui n'aurait pas pu, de toute évidence, être raisonable.

Je suis stupéfait pas cette opération de décervelage collectif pratiquée autour de la "question tibétaine" sur toile de fond des Jeux Olympiques en Chine... Tout se passe comme si plus personne n'avait le droit de parler autrement que par des slogans préfabriqués sur le Tibet, sur la Chine, sur les JO.

Sur les JO, d'abord. Personnellement, j'ai lu quelques ouvrages de Jean-Marie Brohm lorsque j'étais étudiant en sociologie à Montpelleier, et je n'ai jamais cru aux prétendues "valeurs sportives" que porterait cette manifestation réhabilité au début du 20ème siècle en Occident par ce réactionnaire de Coubertin, qui a toujours été prétexte à la violence politique et aux affrontements idéologiques (rappelons nous de Berlin en 1936, de Munich en 1972, de Moscou en 1978 et de Los Angeles en 1982) et qui est devenue depuis, en plus de cela, une immense foire commerciale. Qu'elle soit aujourd'hui utilisée comme jackpot financier et vecteur de propagande par la Chine convertie au capitalisme ne me semble pas plus choquant que lorsqu'elle a servi aux Etats Unis pour célébrer l'avénement du Néo-Capitalisme... qui - parmi ceux qui s'offusquent de voir les chinois profiter de la manne - se souvient d'avoir protesté contre l'orgie des 1ers JO "Coca Cola" de Los Angeles dans les années 80 ?

Dès lors, tout ce bazar bien-pensant sur les JO de Pékin me laisse assez indifférent...

Sur la "question tibétaine", cela fait pas mal de temps que j'observe la curieuse fascination collective, qui se diffuse doucement dans l'opinion publique, à l'égard de ces moines rétrogrades, autoproclamés représentants démocratiques d'un peuple qu'il ont réduit en esclavage pendant des siècles. Des années que je vois le drapeau tibétain arboré par certains à l'arrière des voitures, cohabitant en général avec celui du pays basque, de la Bretagne, de la Corse ou de l'Occitanie... Je me suis souvent dit que cette représentation de la "cause tibétaine" dans l'imaginaire de beaucoup de gens est très révélatrice de l'ordre civilisationnel qui s'installe peu à peu dans les esprits et dans les faits.

Un "choc des civilisation" dont il ne faut pas être très malin pour ne pas s'apercevoir qu'il profite avant tout à l'Empire Américain dans son entreprise visant, conformément aux voeux de Georges Bush et de ses idéologues :

1) à instaurer ici comme ailleurs une vision manichéenne du bien (ici les sympathiques moines-rois en exil accueillis par les démocraties occidentales) contre le mal (les infâmes communistes chinois) ;
2) à encourager tout ce qui peut contribuer à réduire en confettis ethnico-religieux tous les ensembles politiques et les Etats constitués : "Vive le Kosovo libre en Europe"... même si cela risque de rallumer la guerre des Balkans, "Vive le Tibet libre en Chine"... (mais il est vrai qu'aux Etats Unis, la question du droit des peuples à disposer d'eux mêmes a été réglée il y a 150 ans par le génocide des amérindiens) ;
3) à installer si possible ses bases militaires - ou au minimum quelques conseillers militaires - partout où son entreprise de destabilisation a fini par payer ;
4) et accessoirement à mettre sous pression cet encombrant concurrent économique qui a l'outrecuidance de ne plus accepter de racheter la dette américaine !

Alors non, désolé, je ne participerai pas à l'engouement collectif pour un "prêt à penser" dont on ne voit que trop à qui il sert... Il est édifiant de constater que les principaux acteurs de la campagne sur la question Tibetaine sont les mêmes qui ont organisé les campagne de désinformation et de dénigrement du gouvernement d'Hugo Chavez au Venezuela. La encore, la marque des Etats Unis est évidente. S'il s'agit de faire avancer des droits de l'Homme en Chine, alors je pense qu'il s'agit là de la pire des méthode.

Enfin, contrairement à ce que j'entends à Gauche, Nicolas Sarkozy n'est nullement affaibli ou pris en défaut dans cette affaire. Ce débat tel qu'il s'est installé correspond parfaitement à sa vision du monde.

Une fois de plus, dans le concert unanime, c'est Jean-Luc Mélenchon qui brise l'ordre de la pensée unique sur cette question. Si vous avez envie de réfléchir sérieusement et rationnellement :

allez lire son blog en cliquant ici.


J'ai bien conscience du flot d'insultes qu'il va devoir subir en assumant ce discours (et moi avec, dans une moindre mesure, en relayant dans ce blog son analyse !) mais il est du devoir d'un militant - a fortiori d'un responsable politique - de penser avec sa tête et de dire ce qu'il pense lorsqu'il se sent témoin d'une manipulation.





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