Dans 6 mois aura lieu le prochain congrès du Parti socialiste à Reims. D’ores et déjà, dans les sections socialistes et les fédérations départementales, le débat porte sur une nouvelle « déclaration de principes » et sur une modification des statuts.

Alors que les mobilisations sociales ne cessent de s’intensifier contre le gouvernement, notamment dans l’éducation nationale, cette discussion autocentrée et nombriliste apparaît totalement en décalage avec les attentes du peuple de gauche. Le PS serait sans doute plus utile s’il profitait de ses assemblées générales de militants pour débattre des moyens par lesquels il pourrait aider cette mobilisation.

Cependant, je me suis rendu hier soir au siège de la Fédération pour participer à ce débat qui passionne la rue de Solférino. Sur les quelque 4000 adhérents revendiqués par le PS dans le département, à peine une cinquantaine avait fait le déplacement. Et à part le Député Daniel Goldberg, aucun « grand élu » n’avait jugé utile de venir éclairer l’assistance de son analyse du document présenté aux militants pour devenir la « carte d’identité » du Parti Socialiste. Gageons que lors de la « convention fédérale » du 6 juin prochain, qui conduira au vote sur le texte, il y aura plus de monde pour participer à ce grand débat…

Ci-dessous mon intervention prononcée hier soir devant les camarades, à propos de la proposition de déclaration de principes (pour la lire : le site de la section socialiste de Montreuil).

 

 

Il y a bien des choses à dire sur la méthode de discussion pour définir rien de moins que « la carte d’identité » du Parti Socialiste…

Il faut d’abord rappeler que d’après ce que prévoient les statuts du PS, la « déclaration de principes » ne peut être modifiée que dans le cadre d’une procédure longue et exigeante, nécessitant deux congrès pour aboutir à son adoption définitive. Il y a donc lieu de s’interroger sur les motivations d’un tel empressement de notre direction nationale dans l’organisation de ce débat.

Par ailleurs, on se souvient qu’il y a deux mois, c’est par la presse que la plupart des militants socialistes ont découvert qu’une nouvelle « déclaration de principes » était en élaboration, puisque le groupe des rédacteurs choisis par la direction nationale a préféré transmettre leur travail aux médias avant même que les socialistes puissent commencer à en discuter. Ainsi, certains éditorialistes considérant que ce texte était définitif, ont pu se féliciter de l’aggiornamento tant attendu pour en finir avec la « spécificité française » et pour mettre le Parti Socialiste aux normes de la social-démocratie européenne.

Les commentaires médiatiques étaient particulièrement centrés une belle phrase de la précédente déclaration de principes de 1990 affirmant que « Parti de rassemblement, le PS met le réformisme au service des espérances révolutionnaires ». En supprimant ce passage, et en réécrivant la totalité du texte, il fallait que notre Parti fasse « la rupture avec la rupture » selon la formule consacrée, et devienne un parti social-démocrate « comme les autres », c'est-à-dire le même que celui des défaites électorales en Italie, en Grande Bretagne, en Allemagne.

Depuis, dans une grande confusion et avec beaucoup d’empirisme, le travail de réflexion s’est engagé sur la base de cette très mauvaise mouture rédigée initialement, et un certain nombre de militants et de dirigeants du PS qui la considéraient totalement inacceptable ont fait le choix de prendre ce débat au sérieux et de retravailler dans une commission constituée à cet effet.

Plusieurs semaines de discussions, souvent âpres et difficiles, ont abouti à un texte très différent du premier. Force est de constater que le projet proposé aujourd’hui n’a plus rien à voir avec les provocations qui avaient ouvert ce chantier. Certes, avec les militants de ma sensibilité, nous trouvons encore de sérieux désaccords avec cette nouvelle déclaration, tout comme c’était le cas avec la déclaration précédente de 1990.

Mais nous avons obtenu satisfaction sur des points décisifs. Par exemple, l’article 6 affirme que « les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités, porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier ». Autre exemple, avec les articles 11 et 12 qui réaffirment clairement que notre Parti est républicain et laïque. Enfin l’article 22, et c’était très important pour nous, proclame : « le Parti socialiste veut rassembler toutes les cultures de la gauche ».

Comme mes amis, je suis lucide sur les faiblesses et les désaccords qui demeurent. Mais je sais que la gauche du PS est minoritaire et cette déclaration reflète ce rapport de force interne.

Voici mes propositions d’amendements…

 

 

Amendement n°1 : à l'article 6 (modèle économique)


Remplacer le passage :

"Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché, quand ils concernent des droits essentiels."

Par (changements en gras) :

"Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché, quand ils concernent des droits essentiels ou la gestion d'un bien commun de l'Humanité."


 





Amendement n°2 : à l
'article 7 (société nouvelle)

Supprimer la phrase :


"Les socialistes refusent une société duale où certains tireraient leurs revenus de l’emploi et d’autres seraient enfermés dans l’assistance"

 


Amendement n°3 : à l
'Article 18 (sur l'Europe)


Remplacer le passage :

"Le Parti socialiste est un parti européen qui agit dans l’Union européenne qu’il a non seulement voulue, mais en partie, conçue et fondée. Il revendique le choix historique de l’Union européenne. Pour les socialistes, celle-ci doit avoir pour mission, par ses politiques communes, d’assurer la paix sur le continent, de favoriser une croissance forte et durable et le progrès social, de promouvoir la créativité et la diversité culturelle, d’aider à relever les défis planétaires par l’exemple d’association qu’elle offre. Membre du Parti socialiste européen, le Parti socialiste entend tout mettre en oeuvre pour le renforcer afin que soit porté un message socialiste en Europe."

Par (changements en gras) :

"Le Parti socialiste est un parti européen qui agit dans l'Union européenne qu'il a non seulement voulue, mais en partie, concue et fondée. Il revendique le choix historique de l'Union européenne.Mais le Parti socialiste y porte son projet particulier d'une Europe politique et sociale. Celuici appelle une réforme radicale des politiques européennes actuelles. L'Europe que veulent les socialistes, doit avoir pour mission, par ses politiques communes d'harmonisation fiscale, sociale et environnementale et le développement des services publics de favoriser une croissance forte et durable. L'Europe se doit d'assurer la paix sur le continent, et le progrès social, de garantir la liberté de conscience et l'égalité de tous les citoyens, de promouvoir la créativité et la diversité culturelle, d'aider à relever les défis planétaires par l'exemple d'association qu'elle offre. Membre du Parti socialiste européen, le Parti socialiste entend tout mettre en oeuvre pour y parvenir."

 

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