Membre de la direction nationale de PRS, j'ai fait partie ce matin de la délégation qui a été reçue à l'ambassade d'Irlande à Paris. Au nom d'un collectif d'organisations de gauche, nous avons transmis aux représentants de la République d'Irlande le texte ci-dessous, suivi de quelques éléments d'analyses.

Paris, le 29 mai 2008

Madame l'Ambassadeur,

Le 12 juin prochain, les citoyens de la République d'Irlande seront appelés à se prononcer par référendum sur la ratification du traité de Lisbonne.

Au sein de l'Union européenne, les Irlandais sont les seuls à pouvoir exercer ce droit inscrit dans votre Constitution.

Les organisations françaises avec la campagne irlandaise pour un « Non » progressiste au traité de Lisbonne veulent affirmer leur solidarité avec le peuple irlandais et l'assurer qu' elles seront à son côté pour que la décision qu'il prendra soit pleinement respectée.

Pour la délégation : Francine Bavay, AlterEkolo - Daniel Cirera, PCF - Marc Delepouve, Attac France - Pierre Khalfa, Union syndicale Solidaires - Jean-Paul Lecoq, député de Seine-Maritime, membre de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale - José Lordon, PCF - Michel Rousseau, Euromarches - Christophe Ventura, Mémoire des luttes - Nicolas Voisin, Pour la République sociale

 




Le 12 juin prochain, un référendum est organisé en Irlande sur le Traité de Lisbonne. Il faut rappeler que des 27 Etats membres, l'Irlande sera le seul où le peuple aura la possibilité de s'exprimer sur le Traité de Lisbonne. Suite à l'échec du Traité Constitutionnel Européen en 2005, provoqué par le Non des Français et des Hollandais, les tenants de l'Europe libérale, Sarkozy et Merkel en tête, ont, en effet, décidé de passer en force en "renégociant" un traité en réalité partiquement identique au précédent, et de piétiner la souveraineté populaire exprimée en France et en Hollande en organisant cette fois la ratification par la seule voie parlementaire.

C'est ce qui a été fait en France au début de l'année, avec la complicité coupable d'un certain nombre de responsables de gauche. A ce propos, Il est savoureux d'entendre depuis quelques jours les dirigeants du PS et des verts agiter la menace d'une "minorité de blocage" sur la réforme constitutionnelle voulue par Sarkozy (3/5ème des voix sont nécessaires  au congrès pour permettre la modification de la Constitution, et la gauche - même minoritaire - peut en effet bloquer la procédure), alors que les mêmes expliquaient qu'il était totalement impossible de s'opposer à la modification constitutionnelle autorisant la ratification du Traité de Lisbonne par la voie parlementaire en janvier ! Mais passons...


Il n'y a donc qu'en Irlande que le peuple se prononcera sur le Traité de Lisbonne, puisque dans ce pays, le coup de force réalisé ailleurs est constitutionnellement impossible.

Une campagne de la gauche Irlandaise largement inspirée de l'expérience française de 2005

Depuis plusieurs semaines, une coalition regroupant plusieurs organisations de la gauche Irlandaise (SWP, WP, Sinn Féin, PC, et la tête de liste Verte aux élections européennes Patrica Mc Kenna), le syndicat régional UNITE, des ONG anti-guerre, le PANA (Peace and Neutrality Alliance, dirigé par Roger Cole, du Labour),  s'est constituée pour faire ensemble campagne pour le NON, en s'inspirant largement des méthodes militantes du collectif national pour le NON au référendum de 2005 en France.

Ma camarade Raquel Garrido, responsable du secteur international de PRS, s'est d'ailleurs rendue en Irlande pour participer à plusieurs réunions de cette coalition, afin d'y apporter toute l'expérience héritée de la campagne de 2005 en France (suivre ce lien pour voir l'une de ses interventions... en anglais).

Ainsi, le Collectif irlandais (www.caeuc.org) présente des caractères nouveaux par rapport aux cadres qui ont pu structurer le débat à l'occasion des Traités antérieurs, notamment sur le Traité de Nice. Et d''abord celui-ci, le plus important : ils ont décidé de se présenter comme un Collectif de Gauche. De toute la Gauche, et rien que la Gauche. Ceci est une nouveauté, dans la mesure où antérieurement des alliances s'étaient formées avec des secteurs de la droite sur la base d'un rejet pur et simple des transferts de compétences souveraines du niveau national au niveau Européen. Le Sinn Féin est un élément important de ce changement de stratégie, puisqu'il a décidé d'entrer dans ce débat avec l'objectif d'affirmer un vote NON qui soit de Gauche, de classe, massif, et pro-européen.  

Ensuite, ils ont élaboré un document de référence avec tous des arguments très pertinents, avec les références aux articles du Traité, pour démontrer les dangers du Traité. On retrouve en cela la méthode "dans électeur, il y a lecteur" de 2005, qui avait transformé la campagne sur le référendum en France en un grand moment d'éducation populaire et civique, avec la distribution par les organisation du Non, de centaines de milliers d'exemplaires du TCE, analysé sérieusement, article par article, interdisant les intimidations, les mensonges et les raccourcis du camp du Oui.

A noter que par rapport à la campagne en France, s'ajoutent en Irlande les arguments sur la remise en cause définitive de la neutralité militaire qui est identitaire dans cette République.

Le Non de gauche peut l'emporter en Irlande le 12 juin

Malgré la campagne des grands médias irlandais, cherchant à discréditer le Non de gauche en l'assimilant à l'extrême droite nationaliste et anti-européenne (en mettant par exemple Le Pen sur plusieurs « Unes » de quotidiens et en inventant des déplacements fictifs du chef frontiste en Irlande !) il se dégage de cette campagne, à deux semaines du vote, un ambiance plutôt favorable au Non de gauche. Les sondage
donnent encore le Oui gagnant, mais en perte de vitesse, alors que la dynamique semble se trouver du côté du Non. Exactement comme chez nous !

Le Collectif irlandais progressiste pour le NON, a d'ailleurs choisi la date symbolique du 29 mai pour faire - ce soir donc - un grand meeting à Dublin. Et dans les derniers jours de campagne, plusieurs militants du NON français sont invités en Irlande, pour des actions de sensibilisation en faveur du NON, notamment Raquel Garrido (Dublin le 7 février) et Fançois Delapierre (Cork et Dublin, les 4, 5 et 6 juin) de PRS et Susan George d'ATTAC (dates).


Un dynamique est donc en marche pour reproduire le scénario de mai 2005 en France, à tel point que la commission européenne commence à sérieusement s'inquiéter, et les membres du gouvernement français (la France prendra dans quelques jours la présidence de l'UE) se mettent à envisager déjà des moyens de contourner un éventuel revers.

Ainsi, le sens de la délégation de ce matin - date anniversaire du 29 mai - qui a été reçue pendant une heure à l'ambassade, était multiple : d'abord permettre aux organisations de saluer la démarche démocratique de la République d'Irlande ; d'exprimer ensuite un soutien politique à la coalition pour le Non progressiste irlandais ; et d'affirmer enfin leur vigilance pour que la décision souveraine du peuple Irlandais soit respectée par l'Union Européenne, à la veille de la présidence française.

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