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Gédéon Tête-d'Aïl ne fait partie d'aucune équipe sponsorisée. 

 

Il n'a jamais accepté de pédaler au nom d'une banque ou d'une compagnie d'assurance. A ses débuts dans le cyclisme professionnel, lors d'une de ses premières participations à une course régionale, il s'était résigné à afficher sur son dos l'image d'un poireau.

 

Son oncle était maraîcher dans la Sarthe. Spécialisé dans le poireau, mais produisant également des salades et des fraises. D'un point de vue esthétique, l'oncle s'était laissé persuader par un ami chef du rayon "animal de compagnie" du supermarché du coin, et qui, de ce fait, prétendait maîtriser les principes élémentaires de la communication commerciale, que le poireau ferait un bien meilleur emblème de sa petite affaire qu'une fraise ou qu'une laitue. Le malheur, c'est que les gens n'ont pas bien identifié le message. La faute, peut-être, au copain du supermarché qui avait insisté pour faire lui-même le dessin floqué sur le maillot de Gédéon. Il faut dire qu'il était moins doué en dessin qu'en comm', et que le rose, pour un poireau, ce n'est pas la couleur la plus appropriée, mais c'était la seule qui lui restait du lot de cinq bombes aérosols qu'on lui avait offert quelques années auparavant pour floquer les tee-shirts de ses gosses, pour le foot.


 

Gédéon avait fait quelques courses avec son poireau rose sur le dos, subissant les quolibets du peloton et des spectateurs, et même, une fois, alors qu'il était arrivé quatrième et qu'il recevait au pied du podium des mains d'une jolie brune le bouquet récompensant modestement les places d'honneur, il avait dû encaisser les insultes avinées d'un touriste gallois homophobe.

 

Après cette mésaventure, Gédéon Tête d'Aïl avait donc pris la résolution de ne plus jamais pédaler pour le compte d'intérêts qui le dépassaient. Il pédalait pour lui même.

 

Seul.

 

Libre.


 

(A suivre...)

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